Aide humanitaire et financement du terrorisme : les yeux grands fermés.

Tribune de Dominique Bilde, Député européen du Groupe Identité & Démocratie

La nouvelle est tombée la semaine dernière : l’ONG Acted, qui avait été au cœur d’un drame en août dernier, lorsque des jeunes humanitaires ainsi que leur chauffeur et leur guide avaient perdu la vie dans un guet-apens terroriste au Niger, est désormais persona non grata dans la région de Diffa, sur fond d’allégations relatives à des « connexions » avec une entité terroriste. Fondée ou non, l’accusation rappelle en tout cas celle portée en 2019 au Nigéria à l’encontre d’Action contre la Faim.

Et si pour l’Union européenne, première donatrice mondiale, la politique de l’autruche est de mise, c’est sans doute parce que ces suspicions prennent racine dans des faits avérés.

Commençons par une observation de bon sens, tenant à la difficulté à différencier, en zone de conflit, les terroristes des simples citoyens. De fait, non seulement l’aide humanitaire finit presque fatalement à bénéficier également aux premiers, mais certaines mouvances ont même fait leur miel des subsides internationaux. En Somalie, Al-Shabaab est par exemple connue pour l’imposition de « droits de passage » aux humanitaires. Parmi les ONG présentes dans le ce pays, par ailleurs miné par la corruption, certaines ont d’ores et déjà jeté l’éponge – à l’instar de Médecins sans Frontières en 2013, ou plus récemment d’INTERSOS, avec qui la Commission européenne collaborait pourtant pour l’hôpital de Jowhar.

Car contre ce type d’extorsion, même la meilleure volonté du monde n’est parfois pas d’un grand secours. En témoigne la suspension, en février 2018, par USAID d’un programme d’aide alimentaire américain de 44,6 millions de dollars en Syrie après qu’une ONG bénéficiaire avait fourni, sous la contrainte, des kits alimentaires aux membres d’un groupe proche d’Al-Qaïda.

Le business des prises d’otages est lui aussi florissant : les enlèvements représenteraient deux tiers du budget d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).[1] Mais là encore, silence radio quant à la libération de la travailleuse humanitaire Sophie Pétronin, alors que l’Algérie affirmait sans ambages qu’elle avait été obtenue contre espèces sonnantes et trébuchantes.

Il faut dire que ces pratiques lucratives prospèrent sur l’aveuglement volontaire des généreux donateurs, et au premier chef, de la Commission européenne. À plusieurs reprises, je l’ai par exemple alertée sur les suspicions de détournement de l’aide européenne accordée de longue date aux camps de réfugiés de Tindouf en Algérie, qui sont de facto placés sous la houlette du Front Polisario. Bien que cette dernière entité ne soit pas terroriste et soit du reste reconnue internationalement, elle aurait été amenée à « faciliter le passage de la contrebande, et même de djihadistes », selon l’ouvrage précité.[2]

Si ce mutisme n’est guère surprenant, il est toutefois devenu intolérable, à l’heure où nos soldats payent la lutte contre le terrorisme au Sahel au prix de leur vie et que la gangrène islamiste semble inexorablement gagner l’essentiel du continent africain.

 

[1] « Le prix des négociations des otages s’est alors envolé passant de quelque millions d’euros en 2003 à plusieurs dizaines et réduisant la part des trafics à un tiers du budget d’AQMI, contre deux-tiers pour les enlèvements. » Jihâd au Sahel, Menaces, opération Barkhane et coopération régionale. Olivier Hanne, Guillame Larabi, Bernard Giovanangeli Éditeurs, 2015.

[2] Idem.