Tribune libre de Nicolas Meizonnet, député du Gard

C’est une sombre date dont se souviennent tous nos compatriotes harkis de France.

Elle marque l’abandon par la France de tous les supplétifs algériens ayant valeureusement combattu le FLN aux côtés de nos soldats en Algérie.

Cette lâcheté fut formulée par l’envoi d’un ignoble télégramme du ministre des armées de l’époque, Pierre Messmer, au chef des armées d’Alger, donnant des instructions confidentielles de ne pas permettre aux Harkis de rejoindre la métropole. Ces recommandations avaient l’aval du gouvernement.

Par la suite, Louis Joxe, alors ministre des affaires étrangères, adressera un autre télégramme, non moins odieux, qui condamnera le débarquement des harkis en métropole et ordonnera leur refoulement sur le sol algérien.

Une honte pour la France, un arrêt de mort pour toute la communauté harki.

Ces terribles décisions seront à l’origine du massacre par le FLN d’environ 80000 à 150000 supplétifs (femmes comprises). 20000 familles poursuivies par cette terreur pourront néanmoins fuir et rejoindre notre pays, complétement démunies, mais en vie. Elles seront alors reléguées et parquées dans des camps dits de « transit » mais, en réalité, cet hébergement précaire perdurera des décennies, concédant à ces familles des conditions de vie misérables.

Ce jour occulté par les gouvernements français successifs depuis 1962 représente donc une véritable trahison à l’égard de tous ceux qui ont servi courageusement aux côtés de nos soldats. Mais notre pays a le devoir désormais de faire face à ce passé, fût-il déshonorant.

D’autres dates officielles ont été choisies pour commémorer la guerre d’Algérie comme le 25 septembre, le 5 décembre ou encore le 19 mars 1962, mais elles ne sont pas en relation avec le destin tragique des harkis qui, de plus en plus nombreux, réclament cette reconnaissance mémorielle.

Toute la communauté harki victime de ce génocide est donc légitime à s’approprier cette date afin de la commémorer officiellement et dignement chaque année avec l’ensemble de la Nation. Malheureusement, le calendrier officiel des cérémonies n’en fait pas mention et je le regrette, car toutes les familles touchées dans leur chair et dans leur cœur ont le droit au souvenir particulier de cet évènement qui a cruellement marqué leur histoire.

Aujourd’hui, je veux rompre avec cette absence de reconnaissance officielle et je m’associe à l’hommage fait partout en France au sein de la communauté harki à tous ceux qui ont été victimes de cet abandon et de ces massacres.

J’adresse donc en ce jour de recueillement, à nos compatriotes harkis et leur famille, toute mon amitié et mon soutien, et je souhaite leur dire que je suis sincèrement ému de perpétuer avec eux ce devoir de mémoire.