Lettre ouverte de Mme Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national, à Mme Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne et à M. Charles Michel, président du Conseil européen :

Madame la Présidente,

Monsieur le Président,

Vous recevez aujourd’hui, lundi 9 mars 2020 à Bruxelles, le président de la République de Turquie, M. Recep Tayep Erdogan.

Alors que la présidence turque précise aujourd’hui que l’objet de ce déplacement vise, entre autres, à discuter « de l’ouverture de nouveaux chapitres des négociations d’adhésion », son appel à la Grèce, le même jour, à « ouvrir ses portes », est une provocation.

En disant au Gouvernement grec : « Laisse-les aller dans d’autres pays européens », M. Erdogan montre qu’il a parfaitement compris ce que valait le système Schengen.

Vouloir instrumentaliser les migrants, dont beaucoup ne sont d’ailleurs pas Syriens, mais Afghans, Pakistanais, etc., et les inciter à forcer le passage des frontières d’un Etat souverain, pourtant formellement allié, est un acte particulièrement hostile et un outrage à la souveraineté.

En difficulté politique sur le plan intérieur depuis 2019, M. Erdogan est confronté à l’échec de sa politique syrienne. En contribuant à la déstabilisation et à la destruction de l’Etat syrien, la Turquie porte une grande responsabilité dans la situation actuelle des réfugiés. La « zone de sécurité » qu’Ankara souhaite obtenir en Syrie, doit être négociée avec Moscou et Damas, pas avec Bruxelles.

L’échange du 9 mars ne doit pas être une occasion de faire de nouvelles concessions, alors que les accommodements avec M. Erdogan depuis 2016 sont perçus comme de la faiblesse. En février 2016, Mme Ursula von der Leyen, alors ministre allemande de la Défense, avait qualifié l’accord avec la Turquie de « solide »…

Au contraire, l’Union européenne doit montrer, avec fermeté, sa solidarité totale avec une nation démocratique de 10 millions d’habitants menacée par un Etat autoritaire de 84 millions d’habitants. En défendant les frontières sud de « l’Espace Schengen », le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis doit être pleinement soutenu.

Il ne s’agit pas d’une crise migratoire de plus. La crise actuelle est la conséquence prévisible d’une politique européenne, hypocrite et lâche, de sous-traitance de questions pourtant essentielles, à un pays qui se montre chaque jour plus arrogant.

Cette nouvelle crise en Méditerranée, n’est pas seulement un défi pour la Grèce. Elle pose la question de l’OTAN, organisation sclérosée dans des schémas de la guerre froide, structure en état de « mort cérébrale ».

Les peuples ont le droit de vivre sur le plan matériel et culturel en sécurité. L’Europe doit cesser d’accueillir des migrants.
La crise actuelle représente un enjeu civilisationnel pour toute l’Europe.

L’Union européenne qui est à un tournant est confrontée à la réalité et à un rapport de puissance. Elle doit poser clairement la question de ses limites géographiques, de son identité de civilisation et, surtout, elle doit y répondre avec courage et lucidité.

Je vous prie de croire Madame la Présidente, Monsieur le Président, à l’assurance de mes sentiments distingués.

Marine Le Pen