Lettre ouverte de Jordan Bardella, vice-président du Rassemblement National, à M. Roch-Olivier Maistre, président du Conseil supérieur de l’audiovisuel

Monsieur,

Notre pays est confronté à une épidémie sans précédent, qui a déclenché une urgence sanitaire imposant à l’ensemble des Français le respect de règles essentielles, malgré la restriction des libertés individuelles qu’elles entraînent inévitablement.

Dans cette période particulière que vivent nos compatriotes, l’accès à l’information audiovisuelle est fondamental et ne saurait être remis en cause. L’unité nationale face à la crise sanitaire ne doit pas empêcher les échanges contradictoires, ne doit pas faire taire les critiques qui existent, et que partagent des millions de Français, à l’égard du gouvernement et de son action.

Je souhaitais dans ce contexte vous alerter sur la restriction significative depuis quelques jours de l’expression de l’opposition politique dans le paysage audiovisuel. Chaînes de télévision et radios indiquent majoritairement vouloir privilégier l’invitation de responsables politiques « aux manettes », c’est-à-dire issus de la majorité présidentielle, ainsi que d’experts et de scientifiques. Et ce à l’exclusion de tous les autres… Une ligne éditoriale générale confirmée à l’AFP par Thierry Thuillier, directeur de l’information du groupe TF1 : “Il n’y aura pas d’invités politiques, car le temps est aux explications et aux éclaircissements” (sic).

S’il va de soi qu’en ces circonstances exceptionnelles le recours à l’expertise et à l’éclairage des médecins et scientifiques est crucial, la prise de décision revient toutefois en dernier lieu au Politique. Il est donc à ce titre légitime que des conceptions et des propositions politiques alternatives puissent s’exprimer.

Le confinement et la guerre contre l’épidémie ne doivent pas signifier la fin de l’expression démocratique pluraliste dans les médias : le Premier ministre Edouard Philippe lui-même, dans son discours à l’Assemblée nationale lors de la présentation du Projet de loi d’urgence, a appelé à la nécessaire « continuité de la vie démocratique ».

En espérant que vous tiendrez compte de mon interpellation et agirez en ce sens, je vous prie d’agréer, Monsieur le président, l’expression de mes sentiments respectueux.