Question écrite de Bruno Bilde, député du Pas-de-Calais, à Nicole Belloubet, garde des sceaux, ministre de la justice, sur la réforme urgente de notre système carcéral

M. Bruno Bilde alerte Mme la garde des sceaux, ministre de la Justice sur le ras-le-bol des surveillants pénitentiaires qui tirent une nouvelle fois la sonnette d’alarme. En effet, l’attentat terroriste survenu mardi 5 mars au sein de la prison de Condé-sur-Sarthe où deux gardiens ont été gravement blessés, a confirmé ce que tout le monde savait déjà et que votre administration ne peut plus ignorer : notre système carcéral est dramatiquement inadapté pour accueillir des détenus radicalisés. Plus grave, il constitue aujourd’hui une menace sérieuse et quotidienne pour la sécurité des personnels dont beaucoup se rendent au travail avec la peur au ventre.

Pourtant l’an dernier, après une succession d’agressions et de tentatives de meurtre, un mouvement social de grande ampleur avait mis en lumière les graves dysfonctionnements de nos établissements pénitentiaires, les conditions de travail dégradées des personnels, la profonde déconnexion de notre législation et l’insuffisance des moyens humains et matériels.

Ces dernières années, les violences et les attaques contre les agents pénitentiaires ont explosé du fait, notamment, de l’incarcération de 1200 individus islamisés extrêmement dangereux.

Depuis le 1er janvier, on déplore 101 agressions sur les personnels qui ne peuvent plus exercer sereinement leur indispensable mission de service public. Malgré les appels répétés des différents syndicats, rien n’a été fait pour traiter de manière spécifique cette population carcérale d’un nouveau genre. Les surveillants sont aujourd’hui confrontés à des individus qui poursuivent leur djihad en prison et à d’autres qui se radicalisent pendant leur peine. L’objectif de ces islamistes n’est bien évidemment pas de se réinsérer mais de tuer les représentants de l’Etat français qui se trouvent à leur portée.

Face à cette menace inédite, les surveillants sont vulnérables ne pouvant plus procéder à des fouilles au corps ou contrôler les familles des détenus qui viennent en visite. L’attentat de Condé-sur-Sarthe a révélé les limites des portiques qui ne détectent pas les armes en céramique notamment.

Après cette énième attaque, les fonctionnaires de la pénitentiaire ne veulent plus entendre les promesses et les incantations qu’ils ont déjà entendues cent fois. Ils attendent des mesures immédiates et concrètes du gouvernement pour éviter de nouveaux drames.

Pour répondre à l’urgence et empêcher la transformation de nos prisons en zones de guerre, je vous demande d’agir avec :
– la mise en place d’un véritable régime dérogatoire au régime de droit commun pour les détenus radicalisés qui permettrait de décider des fouilles intégrales et systématiques à la sortie des parloirs, de refuser plus facilement des permis de visite, de menotter le détenu à chacune de sa prise en charge par les surveillants pénitentiaires ou encore de faire l’objet d’un contrôle par vidéosurveillance et d’un traitement de données personnelles si le chef d’établissement l’estime nécessaire.
– la classification des établissements pénitentiaires en fonction du profil des détenus et l’incarcération des individus radicalisés dans des structures spécifiques.
– le renforcement des équipements de sécurité pour les personnels (gilets pare-lame, taser, etc).
– le développement de brigades cynophiles avec des chiens capables de détecter les armes et les munitions.

Je vous demande également de vous opposer catégoriquement au retour des 130 djihadistes « français » dans notre pays afin de ne pas démultiplier les risques d’attentats contre nos surveillants pénitentiaires déjà pris pour cibles. Dans ce contexte, il serait criminel d’accueillir de nouvelles bombes à retardement.