Mes chers amis,

Je remercie tout d’abord les orateurs réunis autour de cette table, qui nous ont exposé avec ferveur et talent la vision d’une France que nous voulons forte, rayonnante et ouverte à l’aventure.

Si la série des collectifs thématiques que nous avons lancés depuis 2013 s’enrichit une fois encore, pour compléter notre projet national, je dois avouer que la mission de collectif-ci me tient particulièrement à cœur.

Elle n’était pas évidente aux yeux de tous.

Et pourtant elle s’est imposée à moi comme l’un des grands chantiers programmatiques à mettre en place. Elle s’est imposée avec une nécessité d’autant plus impérieuse que ces deux piliers de notre rayonnement national que sont la politique maritime et la francophonie sont totalement délaissés par les autres partis.

Quand nous parlions d’écologie, d’éducation ou de culture, nous voulions insuffler une vision patriote à chacun de ces domaines. Mais nous ne prétendions pas tout inventer.

Nous intervenions dans des débats déjà existants, et l’idée de nation nous servait de boussole. Nous rappelions des évidences malheureusement oubliées. Ici, la tâche est toute nouvelle : nous débarquons en terre inconnue. Aucun parti n’a à ce jour construit un programme maritime et francophone.
Ces questions ne sont même pas considérées comme dignes d’être traitées. Et pour cause : le rayonnement de la France dans le monde a été relégué par beaucoup de politiques aux oubliettes de l’histoire.
Comment parler de grandeur quand on a abandonné la France pour une logique supranationale ?

Pour ma part, je ne compte certainement pas laisser de côté de tels vecteurs de la puissance française. Il suffit de les redécouvrir, d’ouvrir les yeux, pour voir à quels points ils sont précieux.

La petite politique de Bruxelles nous met des œillères : le monde est bien plus vaste que cette Union européenne étriquée qui n’en finit plus de se replier sur elle-même.

Nous devons nous emparer de ces sujets, pour construire la France de demain, une France innovante et audacieuse.
Espace maritime et francophonie : ces deux outils de projection de la France dans le monde sont intimement liés.

Et je me dois de démarrer avec une pensée pour les Outre-mer, ils permettent à la France d’être présente sur quatre continents : outre l’Europe, en Amérique, en Afrique et en Océanie.

Commençons donc par notre espace maritime. Il aurait été fâcheux que la vague Bleu Marine n’allât pas jusqu’à la mer ! … et quelle mer !

L’espace maritime français, comme l’ont rappelé nos intervenants, est le deuxième au monde après celui des Etats-Unis : 11,5 millions de km². L’équivalent de près de vingt fois la France métropolitaine !

On l’oublie trop souvent mais la France est grande aussi de l’Outre-mer que le Front National a toujours été déterminé à défendre. J’étais en 2013 en Nouvelle-Calédonie pour inviter nos compatriotes ultramarins à rejeter l’indépendance. Je suis plus que jamais déterminée à défendre ces territoires délaissés par la République.

La frontière ultramarine de la France est la preuve vivante que nous devons voir plus loin que le bout de notre nez : l’Union européenne est en réalité bien petite et bien étriquée, si on la compare aux possibilités ouvertes par l’Outre-mer.

Nos compatriotes d’Outre-mer doivent reprendre leur place au sein d’un nouveau dynamisme économique, eux qui ne sont bien souvent conçus et traités que comme une charge et dont les chiffres du chômage qui les frappent ne sont même pas comptabilisés dans les statistiques mensuelles du gouvernement.

Il n’est pas inutile de rappeler que rien que le territoire terrestre et maritime de la Polynésie est plus grand que le territoire de l’Union européenne.

Cet espace démultiplie nos possibilités. Il nous fait parcourir tous les océans du globe. Il nous donne accès à des ressources inexploitées. Il nous donne un avantage stratégique sans commune mesure. Il offre des perspectives de croissance innombrables et pourtant nous avons laissé notre mer en jachère.

Et pourtant, cet espace de vingt fois la France n’existe pas dans les radars médiatiques, politiques et même économiques. Il est totalement nié. La mer est considérée comme marginale : elle n’est que la limite de la terre, alors qu’elle pourrait être une véritable interface avec le monde.

Les fonds marins sont encore largement inexplorés.
Leurs richesses laissées à l’abandon.
Notre pêche est par ailleurs entravée par l’Union Européenne, qui nous limite ici comme pour tout le reste.

Les 300 000 emplois liés à l’économie de la mer sont menacés. La flotte commerciale française s’amenuise, alors qu’aujourd’hui plus de 80% des échanges commerciaux mondiaux se font par voie maritime. Ni Marseille, ni Le Havre, ne peuvent rivaliser avec Rotterdam ou les ports asiatiques.

Le constat est donc clair : nous avons un atout formidable pour le monde de demain, mais nous ne nous donnons aucun moyen pour le défendre.
La priorité est donc de sécuriser notre territoire et nos activités maritimes.

Il faut d’abord faire valoir nos droits sur les zones économiques exclusives encore mal délimitées ou mal défendues.

Je rappelle que dès 2013, j’avais dénoncé l’abandon programmé par les autorités françaises de l’îlot de Tromelin, à 500km au nord de l’île de la Réunion, au profit d’une co-souveraineté avec l’île Maurice : c’était 280 000km² de domaine maritime national que l’on s’apprêtait alors à brader, l’équivalent de la moitié de la surface de la France métropolitaine.

Victorin Lurel, ministre de l’Outre-mer de l’époque, avait été contraint par la polémique à réaffirmer la souveraineté française sur l’île. Mais les revendications ne cesseront que lorsqu’une volonté politique ferme prévaudra.

Les trois îles du canal du Mozambique sont aussi l’objet de revendications étrangères, et nous devons affirmer clairement nos prérogatives dans la région, pour que notre zone économique exclusive ne soit pas pillée.

Il faut ensuite nous doter de moyens renouvelés pour développer l’activité maritime française. Activité portuaire en premier lieu, puisque le port est le point de contact fondamental avec la mer. Nous voulons protéger la pêche artisanale face aux législations et aux quotas européens.

De 1990 à 2008, le nombre de navires de pêche français a diminué de 43 %.

La France possède l’une des meilleures expertises mondiales en matière de gestion des ressources halieutiques, il est donc aberrant de vouloir lui lier les pieds et les mains pour le bon plaisir de Bruxelles.

Activité de construction navale également, où malgré notre relative avance technologique, nous trouvons les moyens de nous tirer une balle dans le pied en piétinant des contrats tels que celui des Mistral russes.

Activité commerciale aussi, où la lutte contre les pavillons de complaisance doit être renforcée.

Et puis il faut encourager la prospection des fonds marins, et étudier la rentabilité de certains gisements potentiels, à la fois pétroliers comme au large de la Guyane, ou minéraux, comme le cobalt, le nickel ou le manganèse sur les côtes de Nouvelle-Calédonie.
Sans compter les projets de plateformes portuaires offshore au large de certaines de nos côtes.

Sans oublier le développement des énergies renouvelables, comme l’hydrolienne, ou de l’aquaculture et ici une coopération avec le Collectif Nouvelle Ecologie sera la bienvenue.

Je n’ai fait ici qu’une liste succincte et certainement pas exhaustive des chantiers possibles : ils sont nombreux, les perspectives sont immenses, mais le travail reste à faire.
L’eau potable, l’alimentation seront aussi les grands enjeux du 21ème siècle et la mer nous ouvre en l’espèce des horizons encore insoupçonnés.

Mes chers compatriotes, la grande bataille de notre temps c’est la conquête maritime ! La mer ne doit plus être considérée comme une barrière mais comme un pont vers la croissance, les moyens d’échange, les voies de communication, les emplois

Nos jeunes doivent être instruits à ces enjeux aussi je souhaite que les classes de mer soient davantage valorisées au sein de l’Education nationale.
Nos enfants ne pourront pas éluder la politique de la mer car elle sera centrale dans les années à venir.

Du fait de la croissance démographique – qui fait que nous sommes 7 milliards en 2014 et que nous serons probablement 9 milliards en 2050, il y aura une croissance de la demande en protéines animales.

Mais nous ne pourrons pas faire augmenter davantage l’élevage bovin puisqu’il est responsable à lui tout seul de plus de rejet de gaz à effet de serre que l’ensemble du transport mondial, sur la base d’un milliard et demi de vaches. L‘avenir est donc dans l’alimentaire en provenance de la mer, en particulier dans la pisciculture et l’aquaculture.

Le temps de la mer c’est le temps long par excellence. Pourquoi connaissons-nous mieux la surface de la planète Mars que le fond de nos océans ? Il nous faut étudier la mer et sa biodiversité pour mieux aussi la protéger.

La mer contient 80% de la biodiversité existante. Cette biodiversité est donc un trésor pour la santé : en 2014 sont sortis sur le marché six médicaments anticancéreux dont les molécules émanent du milieu marin.

Le premier traitement de lutte contre le Sida, l’AZT, émane du hareng. Un chercheur français – encore une preuve que nous sommes à la pointe dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres – a découvert un nouveau type de ver marin, un animal dont l’hémoglobine est la plus proche de l’hémoglobine humaine, ce qui pourrait régler la pénurie sanguine au niveau mondial.
Les scientifiques travaillent aujourd’hui sur 66 molécules d’origine marine dans la lutte contre le cancer…

La préservation des océans sera une préoccupation de tous les instants et nécessitera un nouveau droit de la mer pour lutter vigoureusement contre la pollution et la destruction de la biodiversité marine.

Au cours de son histoire, la France a toujours été partagée entre la terre et la mer. Les circonstances, les défaites militaires notamment face à l’Angleterre, nous ont cantonnées à n’être qu’une puissance continentale.

Cela doit changer !

Il nous faut opérer une mutation intellectuelle et culturelle, larguer les amarres et prendre enfin le large !

L’horizon de la France, ce ne sont plus ses frontières naturelles du Rhin, des Alpes ou des Pyrénées, mais les rivages du Pacifique, de l’Atlantique, de l’Océan indien… La Grande Nation sera océanique ou ne sera pas !

C’est pour cela que j’ai souhaité la création d’un collectif sur la politique de la mer qui réunit des experts, des chercheurs, des professionnels de la mer, de la pêche du commerce international, pour définir et proposer des orientations sur ce chantier stratégique et incroyablement enthousiasmant.

Après son espace maritime, la France dispose d’un second outil de projection formidable dans le monde. La langue française est le joyau de notre culture nationale. Elle est un vecteur de rayonnement dont, souvent, nous n’imaginons pas la puissance.

Le monde compte 274 millions de francophones, dont 212 millions en font un usage quotidien, ce qui équivaut à plus de trois fois la population de la France, et qui renforce d’autant le poids de notre culture.

Le français est langue officielle d’institutions internationales : ONU, OMC, Cour internationale de Justice, Comité olympique, Union africaine, etc. Il existe une télévision internationale en français: TV5. Une organisation : l’Organisation Internationale de la Francophonie.

Sans compter les réseaux, les Alliances françaises, les coopérations bilatérales, les échanges universitaires. Tout ce patrimoine de la francophonie est un trésor.

Et pourtant nous sommes en train de le dilapider. Le budget de l’OIF est aujourd’hui ridiculement bas.
Qui pourrait croire qu’une organisation regroupant environ 80 pays (dont presque 60 membres de plein exercice) se contente pour son fonctionnement et ses projets de seulement 80 millions d’euros par an ?

Quand on pense que nous donnons 21 milliards par an à l’Union Européenne, et qu’elle nous en rend 13 ! L’inaction française entraîne le délaissement progressif du française comme langue officielle par certains pays.

D’autres voient l’anglais gagner du terrain, malgré une tradition de défense ardente du français, comme au Québec.
Mais aussi, et surtout, comme dans de nombreux pays d’Afrique.

Mais la menace la plus grave, c’est celle qui plane sur le français au sein même de notre territoire national.
Si la France, nation-mère de la francophonie, n’arrive même plus à assurer la sauvegarde de sa propre langue sur son propre territoire, nous pouvons dire adieu à tout espoir de rayonnement francophone.

L’exemple le plus flagrant est celui de l’enseignement supérieur.

Alors que plusieurs universités, contrevenant à la loi Toubon de 1994, pratiquent déjà le tout-anglais dans certains cursus, la loi Fioraso de 2013 et ses amendements ont introduit des exceptions concernant l’enseignement en anglais « lorsqu’elles sont justifiées par des nécessités pédagogiques ».

La définition plus que vague des nécessités pédagogiques laisse la porte ouverte à toutes les dérives : on va voir fleurir partout les cours en anglais sous prétexte d’adaptation au monde moderne.

En outre, la multiplication des dénominations telles que “Toulouse School of Economics” ou”Paris Sciences et Lettres Research University” sont les indices d’une progressive capitulation culturelle et je ne parle pas « d’engie »

Face à cet assaut généralisé de l’anglais, la défense de l’outil francophone doit constituer une priorité. Le budget de l’OIF doit être accru.

Son organisation doit être rendue plus cohérente : le principe de l’élargissement indéfini du nombre d’Etats membres n’a aucun sens, et une coopération accrue au sein d’un cercle restreint de pays réellement francophones est à mettre en place.

La francophonie peut aussi devenir un espace de prospérité, et avoir des débouchés nouveaux. Elle peut être et même doit être le terrain d’un futur développement des échanges commerciaux.

Le développement d’une sphère d’influence francophone permettrait à la France de redevenir une puissance d’équilibre dans un monde multipolaire. Et c’est aussi en France même qu’il faudra se battre pour le français, en accroissant les heures d’enseignement qui lui sont consacrées à l’école primaire, et en faisant adopter une loi Toubon renforcée face au tout-anglais.

Nous avons donc en main deux outils de rayonnement mondial : l’espace maritime français et la francophonie.
N’ayons pas peur d’une aventure d’envergure mondiale.

La France est présente dans quatre continents, pourquoi nous enfermer dans un seul ?

Par le biais du développement de notre espace maritime et de la francophonie, nous pouvons élargir notre influence économique et culturelle : l’Outre-mer est le socle sur lequel il est possible de faire rayonner ce développement.

Faire de l’Outre-mer français une base de projection d’une future croissance, voilà une vision tout à fait nouvelle.

Mais il faudra pour cela rompre avec l’inaction et la lâcheté de nos élites politiques, qui ont abandonné le projet français pour une allégeance supranationale. Je souhaite que le Collectif Mer et Francophonie mette toute son intelligence au profit de cette noble tâche, et qu’il œuvre avec nous au redressement national.

Vive le collectif Mer et Francophonie, vive la République, vive la France !