Jordan Bardella, président du Rassemblement National et député européen, est intervenu dans le cadre de la « Conservative Political Action Conference » (CPAC) ce vendredi 20 mai à Budapest.

 

Retrouvez la vidéo de son discours sur ce lien :
https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=uKf3TvoGknE

Retrouvez le texte de son discours ci-dessous (seul le prononcé fait foi) :

Mes chers amis,

Merci pour votre accueil. C’est un honneur pour moi d’être parmi vous pour la première fois, et de porter aujourd’hui cette voix française dans le concert des patriotes européens et américains.

Ce mouvement populaire, souverainiste et patriote, dont vous êtes les acteurs partout dans le monde, nous en avons été les porteurs en France durant la campagne présidentielle et nous sommes d’ailleurs engagés en ce moment même dans la campagne des élections législatives.

Vous le savez, Emmanuel Macron a été réélu mais le nombre de voix rassemblées par Marine Le Pen, soit près de 42% du peuple français, 13,5 millions de voix, demeure historique et cette formidable force que nous avons bâtie durant cette élection va se poursuivre et nous allons, jusqu’à la victoire, continuer de la porter sans faiblir.

Durant les derniers jours de la campagne présidentielle en France, nous avons assisté à une coalition de tous les intérêts du Système contre nous. Personnalités politiques, médias, sportifs, artistes et figures du politiquement correct : tous se sont alliés pour porter un discours d’une violence sans précédent contre les électeurs patriotes.

En vérité, ce déferlement a de quoi susciter notre enthousiasme. Il est le signe le plus sûr de la fébrilité de nos adversaires, en France comme en Europe. Au rythme de 10 points gagnés tous les 5 ans, je pense pouvoir me risquer à dire que la France sera, en 2027, en mesure de disposer d’un gouvernement patriote.

Parce que ce réveil des peuples est le sens de l’Histoire, la vague patriote que nous venons de connaître en France fait écho à ce que l’on a déjà constaté depuis plusieurs années dans de nombreux pays. Le Brexit au Royaume-Uni, la victoire de Donald Trump aux Etats-Unis, puis l’affirmation de gouvernements patriotes en Europe, particulièrement en Hongrie et en Pologne, nous montrent que nous faisons face à un phénomène global : le rejet d’une politique mondialiste qui détruit nos identités et livre nos peuples à la prédation économique.

Au-delà de nos différences et des enjeux propres à chaque pays, nous sommes réunis ici parce que nous nous efforçons de défendre certaines valeurs communes à tous nos peuples. De ce monde qui vient je voudrais en dresser les trois grands défis, ceux que nous aurons à relever tous ensemble.

Le premier défi relève de l’enjeu démographique. Je suis né en 1995, sur une planète qui comptait 5 milliards d’habitants. Nos enfants et nos petits-enfants connaîtront un monde de 11 milliards d’êtres humains.

Ce premier défi, c’est celui de permettre à nos sociétés et à nos peuples de préserver ce droit si essentiel d’être et de rester eux-mêmes.

« La démographie, c’est le destin » écrivait le philosophe français Auguste Comte. Face à l’Europe, devant nous, au-delà de cette frontière naturelle que représente la Méditerranée, se dresse un continent d’un milliard deux-cent millions d’habitants, l’Afrique, dont la population doublera pour atteindre les 2 milliards 500 millions d’habitants en 2050.

En rappelant que 42% des jeunes Africains aspirent à émigrer, l’Institut Gallup nous rappelle que les destins de nos continents respectifs pourraient être liés par la force du nombre.

La ruée vers l’Europe, pour reprendre le titre d’un livre de Stephen Smith, n’en est qu’au début du commencement. Elle est appelée de ses vœux par l’Union européenne, encouragée par des pompes aspirantes sociales, économiques, juridiques empêchant aujourd’hui toute possibilité de réguler et de nous protéger de la vague qui vient.

Cette vision quasi-dogmatique d’un accueil inconditionné, illimité et sans frontière ne fait pas seulement le jeu des mafias de passeurs qui profitent de la misère humaine, elle déstabilise nos sociétés en les livrant aux tensions et à la violence.

Lesbos en Grèce hier, Lampedusa avant-hier, Ceuta ou Mellila seront notre futur si nous ne reprenons pas dès à présent le contrôle.

Les portes d’entrée en Europe pour l’immigration clandestine se multiplient, transforment des archipels en état de siège, où la population, laissée à l’abandon par l’Europe tout entière, doit faire face aux nuisances, au vandalisme et parfois aux pillages des lieux de culte.

Pour les tenants du mondialisme, la migration du Sud est un droit, et l’accueil au Nord un devoir pour les peuples d’Europe.

L’Europe, notre continent, peut survivre à des déficits supérieurs à 3% du PIB ; mais elle ne se relèverait pas d’un déficit prolongé des naissances compensé par une submersion migratoire venue de l’extérieur. Demain, l’Europe sera-t-elle encore l’Europe si, comme à Cologne, les journées sont rythmées par l’appel du muezzin ? Sera-t-elle encore l’Europe si dans des villes belges ou hollandaises une majorité d’habitants prête allégeance au roi du Maroc ou au sultan Erdogan ? Enfin, si comme dans tant de quartiers de France, une autre civilisation s’impose et avec elle un rapport aux femmes qui nous est étranger ?

Et parce que les femmes et les hommes qui auront 80 ans en 2100 sont déjà nés, c’est maintenant et aujourd’hui que doit s’ouvrir le débat sur la politique de natalité. Des politiques ambitieuses et incitatives en la matière, notamment par la fiscalité et des aides de l’Etat, ont été conduites dans certains pays comme ici en Hongrie par Viktor Orban et doivent demain nous inspirer en Europe.

Le deuxième grand défi qui est devant nous, et qui est intrinsèquement lié au premier, est la crise environnementale et l’enjeu écologique. Nul besoin d’être de gauche pour s’apercevoir que les ressources naturelles de notre planète ne suffiront pas à une population mondiale toujours plus nombreuse.

Nul besoin d’être de gauche pour s’apercevoir que le modèle économique ultra-libéral, bâti sur le rêve d’une mondialisation heureuse et sur le grand déménagement du monde détruit à petit feu nos terres et nos océans, la qualité de l’air que l’on respire comme celle des aliments que l’on consomme.

Si grâce à son industrie nucléaire la France fait partie des pays les plus propres au monde, le Haut Conseil pour le Climat rappelle que la moitié de nos émissions de GES est liée directement à nos importations, et donc à notre modèle économique.

Loin des envolées catastrophistes des Verts, des collapsologues, de Greta Thunberg et autres apôtres de la fin du monde, nous devons regarder ce défi avec lucidité et ambition. La question écologique ne peut plus être le monopole de la gauche car elle engage en réalité toute l’Humanité.

L’écologie des civilisations que nous voulons est le réel progrès du siècle qui vient. Elle ne préserve pas seulement la diversité des peuples, des identités et des cultures, mais elle ambitionne aussi de léguer aux générations qui viennent un monde durable.

Ce progrès préfère le localisme au globalisme. Il préfère les frontières qui protègent, les circuits courts, la proximité et le patriotisme économique à la concurrence internationale déloyale et aux délocalisations de masse. Il préfère fabriquer, consommer et retraiter sur place en Europe, plutôt que d’importer d’Asie, consommer en Europe pour faire recycler en Afrique. Il aime le beau et le bon face à la mondialisation qui défigure. Il préfère d’abord son quartier, sa ville ou son village, son pays, à ceux du bout du monde.

L’écologie des civilisations s’oppose à un monde dans lequel les hommes seraient tous les mêmes, séparés de toute culture héritée, de toute croyance personnelle, et donc réduits à leurs intérêts économiques. Un homme indéterminé, sans origine, ni territoire, l’être du rien, pur effet de son désir et de ses caprices.

Enfin, le troisième et dernier défi du monde qui vient, peut-être le plus grand que notre civilisation n’ait jamais affronté, s’appelle l’intelligence artificielle. L’intelligence artificielle, le pouvoir et la conscience des machines, les nouvelles technologies et la collecte infinie de données personnelles posent des dilemmes et je dirais même des périls économiques, éthiques, sociétaux et juridiques sans précédent.

Comme l’explique Yuval Harari dans Homo Deus, les évolutions technologiques du XXIème siècle vont, pour la première fois de l’Histoire de l’humanité, conférer aux Hommes les pouvoirs des Dieux. Créer le vivant, modifier le génome, augmenter les capacités humaines et coloniser le cosmos : d’une manière plus globale, le transhumanisme cherche à abolir toutes les limites de l’Humanité.

Il pose la question même de la souveraineté de l’Humanité sur sa propre existence. L’IA concurrence le cerveau humain par sa capacité d’analyse exponentielle et il n’est pas question de filières moins qualifiés, bien au contraire.

En matière de santé, les technologies plus performantes peuvent à ce titre disposer d’une capacité de calcul 1000 fois supérieur à celle d’un généticien du cancer : le progrès technologique pourrait demain ambitionner de remplacer nos ingénieurs et nos médecins.

Face à cela, le politique et les institutions apparaissent comme obsolètes. Les nouveaux apôtres de la religion transhumaniste sont d’ores et déjà les nouveaux maîtres du monde. Ils ont entre les mains deux pouvoirs immenses : celui de l’argent et celui de la donnée, l’or gris du XXIème siècle. Ils s’appellent Jeff Bezos, Elon Musk ou Zuckerberg. Ils investissent des milliards dans des puces cérébrales qui pourraient demain permettre de guérir Alzheimer ou le rêve fou de régénérer les cellules humaines pour tuer la mort.

Ce bond en avant civilisationnel est devant nous : il nous appartient à notre génération de le dompter et de le réguler.

Quand une technologie apparaît, les Américains en font commerce, les Chinois la copient et les Européens la régulent. Je ne voudrais pas froisser nos amis Américains présents dans la salle, mais le destin de l’Europe ne peut être de réguler le génie des autres puissances du monde. Il nous appartient à nous, peuples d’Europe, de conquérir cette souveraineté numérique.

Pour conclure, j’aimerais rappeler que le XXIème siècle oppose les liquidateurs de l’Etat-Nation à ceux qui veulent lui rendre sa force.

Face aux partisans d’un monde dérégulé, sans âme ni frontière, nous sommes les gardiens des limites et d’une société à visage humain.

Quand nous parlons de l’Etat-Nation, nous ne parlons pas d’un concept abstrait. Nous parlons d’une réalité vivante, faite de territoires et de terroirs, de villes et de villages, de dunes et de montagnes, de chairs et d’Histoire.

Quand nous parlons de l’Etat-Nation, nous parlons d’une Histoire pluriséculaire, dont nous sommes les héritiers attentifs mais aussi les continuateurs.

La Nation incarne ce besoin de civilisation dont les peuples ont soif. Elle incarne un besoin de certitudes sur lesquelles s’appuyer dans la tempête de notre monde. La Nation, c’est ce socle de principes et de valeurs qui ne peuvent pas être remis en cause par les marchés financiers ou par les modes du moment.

Le patriotisme et la souveraineté ne sont pas des reculs, mais des bonds en avant. Ils ne sont pas des nostalgies d’hier, mais un socle de valeurs pour affronter les grands basculements qui viennent.

Le XXIème siècle sera patriote et, parce que nous sommes les dirigeants de demain, nous allons le conquérir.

Je vous remercie.