L'annonce de la signature imminente de l'« Accord-Cadre solennel » entre l’État et la Collectivité Territoriale de Martinique constitue un coup de force inacceptable. Ce texte, qui ouvre la voie à un « pouvoir normatif autonome » et à une autonomie fiscale, est paraphé dans des conditions qui bafouent les principes démocratiques les plus élémentaires.
L’examen des faits révèle une manœuvre délibérée d'évitement : la cérémonie de signature de cet accord n’a même pas été inscrite au programme officiel de la ministre. Cette stratégie du secret trahit la fébrilité du gouvernement et des exécutifs locaux, conscients de l'illégitimité de leur démarche. En dissimulant jusqu’au dernier moment cette initiative, les signataires entendent placer le pays et les Martiniquais devant le fait accompli, alors que l'Article 2 du texte prétend vouloir « associer et consulter la population ».
Les forces vives, les acteurs économiques et les Martiniquais dans leur ensemble en sont réduits au rôle de spectateurs d'une refonte institutionnelle majeure décidée par et pour une classe politique locale en quête de pouvoirs élargis.
Cette précipitation et ce manque de transparence visent à rendre le processus irréversible en étouffant l'opposition des premiers intéressés que sont les Martiniquais. Les derniers sondages d'opinion confirment en effet qu'une majorité claire de la population continue aujourd’hui de rejeter l'autonomie, comme elle l’avait déjà fait lors de la consultation de 2010. En passant outre au sentiment majoritaire, le « Congrès des élus de Martinique » et le gouvernement s'engagent sur une voie minoritaire, à contresens des priorités économiques et sociales du territoire.
A neuf mois des élections présidentielles, un président de la République en fin de mandat et un gouvernement sans majorité n’ont plus la légitimité requise pour altérer l’architecture institutionnelle de la République. Ils n’ont pas reçu mandat du peuple français pour dépouiller l’autorité de l’État en Martinique où la neutralité de l’action publique et le sens de l’intérêt général sont requis pour faire face à une crise économique, sociale et sécuritaire d’une rare ampleur.
Dans un pays ruiné, un gouvernement sans autre ligne directrice que celle de ne pas chuter à l’Assemblée croit avoir trouvé dans la réformite institutionnelle la martingale qui lui permet de n’apporter aucune solution à la crise des outremers, tout en donnant l’illusion de l’action. Ce médiocre tour de passe-passe ne convaincra personne.