Le président de la République française, sortant de son rôle institutionnel, a pris le parti de publier dans vingt-huit organes de presse du continent une tribune électorale sur l’Europe. Devant l’effacement politique de Mme Merkel, un dirigeant décrédibilisé trouve là l’occasion de se proclamer leader européen alors que la situation intérieure française, son bilan économique et ses aveux incessants « d’erreurs », l’appelaient à davantage de modestie et donc de discrétion.

La cohérence voudrait que l’on s’étonne de cette intrusion dans les débats nationaux de la part d’un homme qui, pour une prétendue ingérence, avait créé un incident diplomatique dommageable avec l’Italie. Considérer qu’il pourrait avoir davantage de droits à s’exprimer sur la scène européenne que ses partenaires en dit long sur la démarche de celui qui se présente comme le champion de l’Europe, mais qui n’est finalement qu’un ultime et besogneux défenseur d’une UE vacillante.

Oublierait-il qu’il a réussi l’exploit en deux ans d’altérer nos relations avec la Hongrie, la Pologne, l’Italie et même la Grande -Bretagne, alliée de la France au cours de deux terribles guerres mondiales ? Ses diatribes, violentes contre « le nationalisme » procèdent davantage du slogan que du raisonnement. Elles sont d’autant plus vaines qu’il se trompe de critiques : ses adversaires idéologiques ne veulent pas sortir de l’UE, mais la transformer de l’intérieur pour en faire une Europe des Nations par une renégociation des traités.

S’adressant d’entrée aux « citoyens européens » sans jamais parler de la France, M. Macron, gouverneur de la province France, se situe dès les premiers mots dans une vision postnationale.

Pourtant, les mots choisis ne font que révéler le vide politique du projet fédéraliste qu’il ambitionne de rafistoler au prix de reniements, de concessions, d’approximations, de contradictions, de fausses promesses.

En creux, il admet la nécessité d’une refondation d’un projet en panne qui n’a pour bilan que des échecs et pour perspective qu’une fuite en avant. Parler comme le fait le président français d’un projet de « renaissance européenne », c’est déjà suggérer que l’UE est morte. Avouant avoir fait de l’UE « un marché sans âme » et en invoquant « la colère des peuples », il admet avoir déconsidéré la belle idée européenne. En battant sa coulpe, enfin, il rend un hommage implicite à ceux qui ont osé braver le tabou de la critique au prix d’une excommunication morale dont il a encore donné l’exemple sur les antennes de la RAI.

L’avantage des promesses que l’on ne tient pas est qu’on peut les repasser d’élection en élection. L’Union européenne a bafoué toutes les valeurs qu’elle prétendait défendre. M. Macron ne craint pas de les resservir :

La liberté : comment peut-il parler de « liberté » sans même évoquer celle des peuples ? Quelle liberté y-a-t-il dans un système qui a pour ambition de contrôler internet, quelle liberté dans une dictature de la pensée qui veut contrôler la liberté de parole, dans une prétendue démocratie où les partis d’opposition sont interdits de banque, dans une technocrature où vous avez le choix entre la soumission ou les rétorsions ? La Grande-Bretagne, menacée et punie par l’UE pour avoir choisi la liberté est, par M. Macron lui-même, vouée aux gémonies.

La protection : de quelle protection parle-t-on quand l’UE a instauré le règne de l’argent roi, la concurrence déloyale généralisée au prix d’un chômage de masse et d’une insécurité sociale insupportable, quand elle n’a pas su créer les conditions de la sécurité numérique des Européens ou juridique de nos entreprises face à l’extraterritorialité du droit américain, quand elle laisse les trafics, les mafias et l‘immigration planétaire s’emparer de quartiers entiers ?

Le progrès : les citoyens des pays d’Europe, notamment des classes moyennes et modestes le savent, ces trente dernières années ont vu une formidable régression des droits, des libertés, des revenus, des retraites et même des perspectives, au point que chacun en arrive à redouter l’avenir et même malheureusement à douter de l’idée européenne. « Le progrès ne vaut que s’il est partagé par tous !» nous dit-on. Par vocation oligarchique, l’UE ne le réserve qu’à la Caste : la seule solidarité que nous avons vue se mettre en place dans cette Union européenne prétendument progressiste, c’est celle pour les banques lorsque leurs comportements frauduleux les avaient conduites à la faillite.
Sans marge de manœuvre idéologique, M. Macron s’engage par la promesse de bricolages de circonstances à atténuer les difficultés que cette organisation irrémédiablement technocratique a elle-même créées et dont elle n’avait pas mesuré les effets dévastateurs.

Les mesures qu’il propose sont anecdotiques, superficielles et souvent en trompe-l’œil : usant d’un concept très marketing du « bouclier social », M. Macron invoque en l’air une convergence sociale sans y croire vraiment ; il nous propose, sans plus de précision, de « remettre à plat Schengen » et s’engage sur une police aux frontières extérieures (frontex) qui est certes inefficace, mais qui existe déjà. Sans grande cohérence intellectuelle, il s’engage à affirmer la « préférence européenne » tout en condamnant par ailleurs, avec des imprécations morales injustifiées, le principe de la priorité nationale au profit de l’emploi local. Enfin, la promesse d’une gestion européenne de l’asile ne pourra qu’inquiéter ceux qui connaissent l’immigrationisme forcené de l’UE.

Il ne parvient pas à se détacher de sa vision technocratique : peut-on régler les questions de transition écologique avec une banque lorsque ce qui est en cause c’est le modèle consumériste et productiviste qui sous-tend une société purement mercantile ?

Et puis, il y a ce qu’il n’évoque pas et qui en dit long sur les faiblesses de ses développements : la restitution de la maîtrise des frontières intérieures aux Etats, le travail détaché, le danger terroriste et islamiste, le principe de la souveraineté des Etats, la légitime diversité des peuples européens, les valeurs de civilisation qu’il nous faut défendre et promouvoir….

On le voit, il ne s’agit que de mesures ponctuelles et vaines, loin d’une vision haute et claire dont un vrai projet a besoin. A aucun moment Emmanuel Macron ne remet en cause le corpus idéologique mondialiste qui nourrit son projet et explique ses échecs. Avec cette conception anachronique, les dogmes du libre-échangisme, du sans-frontiérisme, de l’argent roi, de la concurrence de tous contre tous continueront à s’appliquer avec les dégâts humains, sociaux, culturels et environnementaux que nous connaissons.

Le seul point sur lequel M. Macron a raison, c’est que les élections européennes vont mettre face à face deux conceptions de l’Europe, du monde et de l’homme : soit sa vision européiste qui préfigure une conception mercantile d’un grand marché froid et inhumain qui a vocation à s’étendre au-delà des frontières géographiques du continent, soit une Europe des peuples respectueuse, des citoyens de chacun des pays rétablis dans leurs droits qui allieront les Etats-Nations dans des cercles de coopérations librement déterminés et dans le respect de leur souveraineté.

Le projet du Rassemblement National pour l’Europe porte le nom « d’Alliance Européenne des Nations », une alliance qui sera la garante de Nations plus fortes, plus libres, plus vivantes, une alliance qui réconciliera 500 millions d’Européens avec la belle idée européenne que les européistes ont si tristement avilie.

Le Manifeste de l’Alliance Européenne des Nations – Une voie française pour une nouvelle coopération en Europe- sera présenté dans les jours qui viennent. Ce projet pour l’Europe des nations sera porté par quatre idées majeures résumées en quatre mots :

1) L’émancipation
2) La coopération
3) La protection
4) L’ambition