Communiqué de Dominique Bilde 

 

C’est une ligne de dépense qui aurait pu passer inaperçue dans le maquis budgétaire français, si un confrère de l’Assemblée nationale n’avait pas soulevé le lièvre. En cause, la coquette somme de 140 millions d’euros qu’aurait récoltée la Chine en 2020 au titre de… l’aide au développement française. Sur la période 2018-2020, le total atteindrait même 371 millions d’euros.

On en oublierait presque, en effet, que le pays, en passe de devenir la première puissance économique mondiale, campe toujours résolument dans la catégorie des pays « en développement ». Une incongruité qu’avait soulignée Donald Trump dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce.

En ce qui concerne la France, ce n’est d’ailleurs que la partie émergée de l’iceberg de notre aide bilatérale, dont la liste des récipiendaires a de quoi laisser pantois. En 2019, c’était en effet non seulement la Chine (sixième bénéficiaire), mais également le Brésil, pays relativement développé et redoutable concurrent dans le secteur agricole qui trustaient le haut du podium.  Plus troublante encore, l’irrésistible ascension de l’Empire du Milieu depuis 2015, date à laquelle il n’occupait qu’une modeste dix-septième place dans ce même classement.

Ce coup de pouce passe d’autant plus mal qu’il s’inscrit dans un contexte contraint pour les finances publiques françaises, en dépit duquel un effort considérable a néanmoins été consenti en faveur de l’aide au développement ces dernières années. Il inflige également un démenti cinglant aux promesses du chef de l’État visant à privilégier la sphère d’influence naturelle de la France : au premier chef, l’Afrique francophone. La Chine n’a d’ailleurs de cesse d’y battre en brèche nos intérêts, en accordant d’ailleurs aux États africains des prêts propres à les enfermer dans le piège de la dette, quand la France préfère les dons.

Mais le plus consternant est que le soutien financier à des concurrents étrangers semble désormais relever de l’habitude. Dans un autre domaine, j’avais dénoncé l’enveloppe du plan France Relance octroyée au groupe indien Electrosteel, lésant le fleuron français de Saint-Gobain à Pont-à-Mousson.

À l’heure où la France est d’ores et déjà le pays le plus désindustrialisé d’Europe, nous paierons, à n’en pas douter, une telle inconséquence dans l’attribution de nos largesses au prix fort. Il est urgent de rectifier le tir, pour préserver notre compétitivité, et, pour tout dire, notre avenir.