Peut-on sincèrement s’indigner que la France et sa langue ne jouissent plus de l’aura qui fut jadis la leur quand notre propre Président donne le ton pour la mépriser ?

On avait passé à Emmanuel Macron, bon gré malgré, son penchant pour les anglicismes, ou sa petite pique envers la culture française dont il affectait d’ignorer jusqu’à l’existence.

On a eu tort. En témoigne la dernière foucade de la Macronie : la carte d’identité bilingue anglais-français. Certes, la presse a eu tôt fait de voler à la rescousse de Marlène Schiappa, qui a dévoilé ce projet le 16 mars dernier en pleine semaine de la francophonie.

L’innovation ne serait donc pas anticonstitutionnelle. S’y opposer relèverait même d’un « chauvinisme mal placé », nous assurait un professeur de droit à la retraite, cité dans la presse quotidienne. Bref, le chef d’accusation de « Gaulois réfractaire » n’est décidément jamais loin face à qui a l’audace de s’élever contre la domination sans partage du « globish ».

De fait, cette proposition est une forfaiture au regard des décennies d’investissements dans la francophonie sur notre sol et à travers le monde. Doublée d’une absurdité du reste, puisqu’elle intervient alors que tout semble sourire à la langue de Molière. Elle pourrait même devenir le troisième idiome mondial d’ici à 2050, du fait du dynamisme démographique de l’Afrique.

Au Parlement européen, je continuerai à m’opposer au recours systématique à l’anglais parfois imposé au mépris de la volonté des élus, ou de certains fonctionnaires des institutions. Mais n’est-il pas consternant de se voir ainsi désavoués par notre propre Président, alors même que ce combat nous place dans le sens de l’Histoire ?