Barkhane : au Sahel, la France saura-t-elle éviter l’enlisement ?

Communiqué de Dominique Bilde, Député européen du Groupe Identité & Démocratie

« Renforcer la lutte contre Al-Qaïda », tel a été le mot d’ordre aujourd’hui d’Emmanuel Macron, lors du sommet du G5 Sahel à N’Djamena. Exit donc, les allusions à une réduction des effectifs de la force Barkhane au Sahel, actuellement établis à 5 100 hommes.

Il est vrai que les succès engrangés par la France, culminant avec la liquidation du chef d’Al-Qaïda Abdelmalek Droukdel, sont incontestables, bien qu’ils aient pour corollaire un lourd tribut humain : 57 militaires français, outre les pertes essuyées par les armées africaines du G5, à l’instar d’une centaine de soldats tchadiens tombés en mars 2020 face à Boko Haram.

Reste que ces faits d’armes butent sur l’absence de stratégie de long terme. Et, entre la libération de deux cents djihadistes contre la citoyenne Pétronin sur fond de rumeurs relatives au versement d’une rançon, la versatilité de nos alliés occidentaux ou encore la danse du ventre quant aux négociations avec certains islamistes, on ne saurait éluder la responsabilité du chef de l’Etat dans l’impasse actuelle.

S’agissant de la mobilisation des Occidentaux dans une région qui ne représente pour eux aucun enjeu évident, celle-ci relevait certes de la gageure.

Raison de plus, a-t-on envie d’ajouter, pour ne pas échauder les rares candidats. Il est ainsi difficile de ne pas percevoir un lien de cause à effet entre l’annonce récente par le Royaume-Uni du retrait possible de la moitié des hélicoptères Chinook de Barkhane et l’agacement des Britanniques face à l’attitude d’Emmanuel Macron lors des pourparlers du Brexit. Quant à imaginer que Londres, que ses intérêts naturels portent vers l’Afrique du Commonwealth, pourrait être tentée de filer à l’anglaise, il n’y a désormais plus qu’un pas…

De même, si le Président français avait beau jeu de se hausser du col face à Donald Trump, c’est l’oreille basse que le ministre des Armées Florence Parly avait dû en janvier 2020 plaider pour le maintien du soutien américain, indispensable via la base de drones d’Agadez au Niger…

Quant à l’Union européenne, en dépit de l’autosatisfaction de façade d’un Emmanuel Macron, force est de constater que la pêche est maigre. En lieu et place de la « montée en puissance » vantée par le chef de l’Etat ce jour, la force spéciale Takuba aura dû se contenter de régiments épars d’Estonie ou encore de République tchèque. Encore ce soutien est-il souvent précaire : les hélicoptères danois EH101 mis à disposition de Barkhane ont par exemple déjà pris leur envol pour l’Irak…

Le Sahel, guerre perdue ? La réponse à cette question dépendra avant tout de notre capacité à insuffler une réelle dynamique au G5, dont d’aucuns fustigent la dérive bureaucratique. Car si Emmanuel Macron a pour l’heure écarté tout retrait, il lui appartient de nous éviter l’enlisement dans un Afghanistan à la française.