Dans un entretien accordé à l’Express le 9 mars, le PDG du groupe EDF Jean-Bernard Lévy a rappelé à quel point la Commission européenne voulait la fin du géant de l’électricité française. Selon lui, la Commission plaide pour un éclatement d’EDF afin que cette dernière se conforme au « marché de l’énergie » dont la concurrence serait évidemment une des pierres angulaires.

C’est tout l’objectif du projet Hercule proposé par l’Etat français et adoubé par la Commission. Rappelons que ce projet vise à séparer les activités du groupe EDF en trois parties distinctes sous prétexte de ne pas être accusé par Bruxelles de fausser la « libre concurrence » sur le marché : nucléaire, hydroélectrique et énergies renouvelables – cette dernière étant ouverte aux capitaux privés, éventuellement en Bourse. Cela aurait notamment pour conséquence de permettre l’arrivée d’autres groupes étrangers, notamment non européens, dans un secteur où la souveraineté est une nécessité absolue.

Comme le rappelle son PDG, le démantèlement du groupe EDF et la volonté d’ériger la concurrence comme l’alpha et l’oméga du bon fonctionnement du « marché de l’énergie » ne permettent en aucun cas d’apporter une réponse efficiente tant pour les consommateurs que pour l’environnement. Détruire EDF en séparant le nucléaire des énergies renouvelables revient de facto à détruire l’efficacité du mix énergétique français tant convoité et causerait des dommages sans précédent sur notre maîtrise du nucléaire considéré par 43% des Français comme une énergie d’avenir (sondage EDF de février 2021). Rappelons également que le nucléaire garantit une énergie peu émettrice en CO2 et évite le recul écologique de certains voisins européens obligés de rouvrir des centrales à charbon polluantes après des fermetures de centrales nucléaires sous des prétextes idéologiques. C’est pourtant tout ce que refuse de voir l’Union européenne pour qui cette énergie ne répondrait pas aux besoins de la planète d’après les conclusions de son « Pacte vert pour l’Europe ».

Au-delà de l’aspect problématique du projet Hercule, l’Union européenne s’octroie le pouvoir d’abaisser notre souveraineté avec la bénédiction du Gouvernement Macron, après les scandaleux démantèlements d’Alstom et de Suez. Il paraît donc indispensable que la France, régulateur et actionnaire à hauteur de 84% du groupe EDF, revoie sa copie de toute urgence en matière de stratégie énergétique, consacre le caractère essentiel et donc non privatisable de cette industrie et s’émancipe des contraintes européistes : EDF doit rester dans le giron exclusif de l’État français. Il en va de la survie de milliers de salariés, de la maîtrise mais aussi de l’indépendance énergétique française.