Tribune de Jérôme Rivière, Député européen, Président de la délégation française du Groupe Identité et Démocratie, Coordinateur de la commission Sécurité Défense

Huit mois, c’est le temps écoulé depuis que les députés européens n’ont pu voter autrement qu’en envoyant des bulletins signés au bas d’une feuille et envoyés par mail. Huit mois que le virus interdit de vrais débats, pourtant déjà bien irréels, au sein de l’hémicycle Bruxellois.

Un virus a conduit au confinement, à la réduction des libertés et des existences, a dangereusement ralenti l’économie, mis en péril des centaines de milliers d’emplois, mis l’hôpital sous pression et fauché des vies. Il a aussi oberé gravement la vie démocratique au sein de l’Union européenne.

Non seulement, le Parlement européen ne se réunit plus, les députés ayant été dissuadés de se rendre à Bruxelles mais la quasi-totalité des débats sont annulés, alors même que les questions et sujets mis à l’ordre du jour semblent totalement déconnectés de la réalité.

Outre la présence désormais interdite des députés, il est impossible de voter autrement qu’à distance, même si l’on est à Bruxelles, et les débats réduits à la portion congrue. Nous participons à un simulacre de démocratie qui bafoue la défense des peuples et des Français en particulier.

Les rappels au règlement, souvent indispensables, en début de séance ? Prohibés.

Les interpellations des orateurs, sous la forme des fameux « cartons bleus », les questions orales ? Oubliées.

Le respect du siège du Parlement européen à Strasbourg, tel que mentionné dans les traités ? Passé par pertes et profits.

Que cherche David Sassoli le Président du Parlement européen ? Nous contenir pour nous museler. Nous « protéger » pour mieux nous contrôler ? L’argument sanitaire sert de prétexte à toutes les décisions cachées, et l’opposition, déjà bien peu considérée, s’en trouve encore affaiblie.

Je refuse que le rôle du Parlement soit celui d’une chambre d’enregistrement, je refuse qu’il devienne un parlement fantoche au service d’une idéologie centralisatrice, fédéraliste et bureaucratique.

Les responsables européens se couvrent, ils ont peur d’être redevables de leurs manquements et de leur mauvaise gestion. Ils ne veulent pas restreindre la liberté de circulation au sein de l’espace Schengen tout en nous privant de la liberté d’exercer notre mandat et régissent ainsi notre mission au service de nos peuples.

A ceci s’ajoute l’irréalité des débats et des travaux qui nous occupent, alors que plusieurs pays européens, la France mais aussi l’Autriche ont été touchés par de terribles attentats. Nous ne pourrons pas débattre cette semaine, lors de la session plénière du chantage permanent et du comportement inacceptabled’Erdogan pas plus que de la suspension des accords de Schengen directement responsables de l’arrivée de centaines de milliers de migrants parmi lesquels le terroriste de Nice passé par Lampedusa, qui a assassiné trois personnes innocentes dans une basilique, symbole de ces racines chrétiennes que les institutions refusent et renient.

L’inconséquence et l’aveuglement de nos dirigeants ont cette fois eu le goût du sang.

Ils ne nous feront pas taire. S’il nous est impossible d’exprimer notre opposition au sein du Parlement, nous le ferons ailleurs : sur nos réseaux, sur les médias, dans nos réunions publiques quand celles-ci reprendront.

A mesure que le projet fédéraliste européen est contesté, il cherche à étendre son emprise. Depuis le Brexit, la peur a changé de camp : elle est dans celui des fédéralistes, qui voient un monde qu’ils avaient construit pour leurs intérêts s’écrouler. La Grande-Bretagne, la Pologne, la Hongrie, et demain la France et l’Italie, tous les peuples de ces pays ont ou vont faire comprendre, par les urnes, qu’ils ne veulent plus de cette bureaucratie, simulacre de démocratie.