Tribune de Gilbert Collard, Ancien député de la Nation, Député français au Parlement européen

Quelle sale époque : le vol noir des corbeaux étend sa nuit sur nos libertés. On est en train de vivre un terrifiant recul du droit ! L’affaire Woody Allen en est l’illustration. Certes, il n’existe aucune excuse pour les coupables, mais seule la justice, dans une neutralité qu’on espèrera retrouvée, peut juger et condamner ; pas la meute mordante, dite meute morale !

Hachette et d’autres maisons d’édition refusent de publier les mémoires de Woody Allen ; Hachette refuse parce que des employés ne veulent pas qu’on publie ce génie du cinéma, parce que son seul fils biologique, Ronan Farrow ne le veut pas non plus. Les films de Woody Allen ne trouvent plus de distributeurs aux Etats-Unis, pays punitif, putatif du maccarthysme.

La meute reproche au créateur de « Minuit à Paris », à l’horticulteur génial de « La rose pourpre du Caire » une relation sexuelle avec une jeune femme de 35 ans sa cadette, relation conclue par un mariage dans toutes les formes bourgeoises. Bon, ce grand écart d’âge, ce n’est pas du meilleur goût, d’autant que l’épousée est la fille adoptive de l’ex-compagne de Woody Allen…

Bien que la différence d’âge devienne protocolaire, présidentielle, c’est moche, c’est gérontologiquement inadapté, ça manque de classe… Si vous voyez ce que je veux dire ! Sa compagne, dans la guerre de la séparation est même allée jusqu’à l’accuser d’avoir tripoté Dylan, 7 ans ! Dans le combat au couteau judiciaire des divorces, on en a vu d’autres… La seule question qui vaut la peine d’être posée : Woody Allen a-t-il été condamné par la justice ? Non ! Jamais ! Et Dieu sait que la justice américaine ne rigole pas. De quel droit alors le punir, le bannir ?
De quel droit ?
Du droit qu’il n’y a plus de droit, sinon celui du porte-voix, du gueuloir mondain, tout bêtement. C’est la kermesse des délateurs, le bal des indics médiatiques. Pas la peine d’un juge, il suffit que l’on ait, sur son perchoir à micro, sur son crachoir médiatique, l’excommunicateur en communication. Faut-il que la justice ait déserté, fauté, pour qu’on en arrive là !