Tribune de Jérôme Rivière, Député européen RN, Président de la délégation française du groupe ID, Membre de la commission Affaires étrangères, Sécurité Défense

Mercredi 16 décembre 2020, siège de l’ONU à New-York. Ultime réunion annuelle du Conseil de sécurité.

L’événement a été passé sous le silence total des observateurs et des analystes des questions internationales.

Pour l’Allemagne, cette réunion a une saveur des plus âpres. En effet, Berlin quitte alors le Conseil de sécurité après en avoir été membre non permanent pendant 2 ans.

Pour le plus grand désespoir de la diplomatie de la chancelière, le monde n’est pas l’Union européenne. Fort heureusement. L’Allemagne est loin d’y édicter, comme à Bruxelles, ses méthodes, ses hommes, ses intérêts exclusifs.

Pendant ces deux années, l’Allemagne aura tenté, en vain, d’imposer ses vues, prenant notamment prétexte du dossier syrien s’opposant de manière frontale à la Russie et à la Chine, sans pour autant recevoir le soutien affiché des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne. Seule la France l’a assurée de son suivisme hélas habituel, livrée pieds et poings liés aux intérêts allemands par Emmanuel Macron via l’infâme Traité d’Aix-la-Chapelle. Traité funeste, au même titre que celui signé exactement 600 ans plus tôt à Troyes par un roi dément qui abdiqua alors la couronne entre les mains des Anglais…

Ce mercredi 16 décembre, l’ambassadeur adjoint de Russie à l’ONU, Dimitri Polyanski, lance à son homologue allemand : « Vous avez fait de cette réunion votre chant du cygne (…) ; mais pour tout vous dire, vous n’allez pas nous manquer. Grâce à vous, de nombreux membres de l’ONU qui avançaient que l’Allemagne devait être membre permanent du Conseil de sécurité se posent maintenant des questions en se demandant si on doit permettre autant de cynisme dans cette enceinte ».

Le représentant chinois, Yao Shojun, a pour sa part ajouté : « Merci pour votre cours magistral (…). Si l’Allemagne souhaite rejoindre le Conseil de sécurité, le chemin sera difficile. La performance de l’Allemagne au Conseil de sécurité n’a pas répondu aux attentes du monde et du Conseil ».

La scène serait risible si elle ne démontrait pas, une fois de plus, que la France d’Emmanuel Macron est celle qui renonce, sciemment, délibérément, d’être elle-même.

Tous les ingrédients essentiels de prospective géopolitique sont présents dans cette ultime réunion annuelle du Conseil de sécurité.

Un monde où le mot multipolaire n’est désormais plus vain ni incertain.

Il est en effet avéré, désormais, que le monde est devenu multipolaire parce qu’il est organisé autour d’une pluralité de pôles majeurs.

Les Etats-Unis, la Russie et la Chine, membres permanents du Conseil de sécurité, assurent pleinement leur vocation. Avec de surcroit, pour Moscou et Pékin, la persistance d’un axe qui ne fait que se renforcer au fil du temps et des défis.

L’Inde poursuit de son côté sa montée en puissance, fondée sur sa démographie, sa croissance économique et la volonté de son Premier ministre, Narendra Modi, de défendre l’identité et la force du pays, ne pliant plus devant le voisin islamiste pakistanais, véritable Etat-voyou de la région.

Plus près de nos contrées, la Turquie ne cesse de multiplier provocations, démonstrations de force et implications dans les conflits les plus brûlants. Grâce à la mansuétude de l’Union européenne et en premier lieu de la chancelière allemande.

Mais c’est la place de la France, les défis qui la concernent, les dangers qui la menacent, qui nous préoccupent au premier plan.

Emmanuel Macron, fervent européiste, est sans doute le dirigeant français, avec Nicolas Sarkozy – qui se flatte régulièrement d’être son mentor- qui aura le plus abdiqué notre souveraineté.

En 2009, Nicolas Sarkozy actait le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN. Tirant ainsi un trait de plume sur plus d’un demi-siècle d’acquis stratégique et diplomatique depuis la décision du général de Gaulle en 1966. Une imposture de plus pour celui qui s’est depuis toujours de façon impudente défini comme gaulliste.

Emmanuel Macron est allé, pour sa part, encore plus loin.

En mettant sans cesse en avant le concept d’« autonomie stratégique européenne », il ne masque pas sa volonté de passer par pertes et profits les derniers pans de notre souveraineté. A plus forte raison lorsque ses amis politiques, au Parlement européen, appuient avec frénésie les revendications en faveur du passage au vote à la majorité qualifiée pour les questions tenant de la Politique européenne de sécurité commune, que même le Traité de Lisbonne sanctuarise pourtant comme procédant exclusivement de la règle de l’unanimité.

Etant un paradoxe permanent du fait de son ambiguïté et de sa conception de gouverner exclusivement à vue, Emmanuel Macron en est à constater, récemment, la « mort cérébrale de l’OTAN ».

Dès lors, que n’entreprend-il pas de quitter le commandement intégré de celle-ci ?

Tout au contraire, il a dû assister, piteusement, à la couverture des pires turpitudes de la Turquie, enfant chéri de l’organisation depuis 1952, notamment lors de la véritable menace exercée contre un de nos bâtiments par la marine de guerre turque au large de la Libye en juin dernier.

Le président français ne perd jamais une occasion de célébrer, selon lui, les bienfaits d’une hypothétique « solidarité européenne ».

Pourtant, au Mali, dans l’ensemble du Sahel, nos militaires sont bien seuls. Nous avons déploré récemment la mort de notre 55e soldat dans ce combat que la France mène pour la paix, la sécurité, et en premier lieu pour celles des peuples européens.

On ne peut que relever avec colère le mépris de la chancelière allemande et de tous ceux qui la suivent dans l’Union européenne, qui refuse toute aide militaire conséquente à notre pays. Et qui met son veto à la moindre menace de sanctions à l’égard de la Turquie.

On peut reprocher nombre de fautes majeures, voire de méfaits à François Mitterrand. Sauf sa culture et une certaine acuité à l’égard de l’histoire de France.

A juste titre, il datait le début de notre conscience nationale avec le règne de Philippe Auguste, lorsque celui-ci, sorti victorieux des puissances européennes d’alors après Bouvines, aura été reconnu par les légistes et les publicistes de son temps comme « empereur en son royaume », c’est-à-dire affranchi de la tutelle temporelle du Saint-Empire Romain Germanique.

800 ans plus tard, par le funeste Traité d’Aix-la-Chapelle, Emmanuel Macron a lié notre sort, sur tous les théâtres stratégiques et dans l’ensemble des enceintes internationales, à la seule bonne volonté de l’Allemagne.

Au fonds de lui-même, la France ne suffit pas à Emmanuel Macron, européiste et mondialiste absolu. Lui pour qui la culture française n’existe pas.

Aujourd’hui, celui qui va bientôt achever la dernière année de son quinquennat a consenti, pour réaliser ses chimères, à devenir dans un premier temps le simple vice-chancelier d’Angela Merkel. Avant de réaliser son rêve de « souveraineté

européenne », qui aurait pour synonyme absolu la fin sans retour de celle de notre pays.

Emmanuel Macron aura délibérément privé notre pays de ce que l’on pouvait jusqu’ici décrire comme les quatre piliers fondamentaux de notre indépendance, de notre sécurité et de notre puissance. Tels, notamment, que les avait dessinés le général de Gaulle.

Notre pilier diplomatique ? Maurice Couve de Murville, inamovible ministre des Affaires étrangères de général de Gaulle, confiait de façon récurrente que ce dernier lui avait donné pour seul mot d’ordre : « En matière de diplomatie, ne jamais s’en remettre à quiconque d’autre que vous ». Le Traité d’Aix-la-Chapelle parle a contrario en totale défaveur d’Emmanuel Macron.

Mais, plus grave encore, on peut légitimement soupçonner Emmanuel Macron de vouloir brader notre siège de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU à l’Union européenne, ou de le partager avec l’Allemagne. Il faudra être des plus vigilants à ce qui, plus qu’une forfaiture, pourrait s’apparenter à une véritable haute trahison.

Notre pilier stratégique ? Assis sur la force de frappe nucléaire, il souffre de la réduction comme peau de chagrin du format de nos Armées, confiées à une gestionnaire exclusivement spécialiste des questions budgétaires. Mais, surtout, le gouvernement français n’a pas jugé bon de réagir lorsque le ministre allemand des Affaires étrangères a évoqué il y a peu un partage de notre arme nucléaire avec l’Allemagne.

Notre pilier économique et financier ? Le général de Gaulle, avec raison, voulait contrarier autant que possible le règne catastrophique du dollar par le retour à l’étalon-or. Emmanuel Macron, dopé à la dette publique et commandité des marchés financiers, aura abdiqué, après la souveraineté monétaire, tous nos instruments d’indépendance économique. En passant par l’abandon délibéré de plusieurs fleurons industriels comme

Alsthom. Pour lequel une plainte a été déposée par un parlementaire, mais dont l’instruction semble tarder à démarrer…

Notre pilier culturel ? Le général de Gaulle avait confié à André Malraux cette grande ambition de défendre notre exception culturelle, notamment dans un sens des plus populaires. Pour Emmanuel Macron, notre culture n’existe même pas…

Syndic de faillite d’une France enserrée dans une Union européenne qui s’est juré de faire disparaître peuples et nations, Emmanuel Macron écarte la France des affaires internationales au moment où le monde aurait tant besoin de la voix de la France, et surtout quand nos intérêts vitaux s’avèrent de plus en plus concernés.

Tant de questions en effet se posent à l’heure actuelle au plan international.

Personne n’a daigné répondre aux propos arrogants et inquiétants de Joe Biden, qui a déclaré que, désormais, « les Etats-Unis allaient à nouveau diriger le monde, avec le modèle de leur puissance et la puissance de leur modèle ».

Quand sortira-t-on de cet état d’hostilité systématique avec la Russie, qui nuit en premier lieu à la stabilité, mais aussi à la puissance et au respect qu’est en droit d’attendre chaque Européen ?

Jusqu’où laissera-t-on Erdogan mener ses guerres, ses provocations, et son rêve pas si fou, vu la faible adversité rencontrée, notamment du côté de Bruxelles, de restaurer l’Empire ottoman, jusqu’aux marches de l’Europe ?

L’Inde, nouveau géant économique et politique, ne devrait-elle pas avoir toutes nos faveurs stratégiques ?

Quid de la relation avec la Chine ? Sommes-nous prêts à livrer à la Chine la nécessaire guerre commerciale ? Au plan diplomatique, quelle position adopter face à son offensive tous azimuts au sein des instances internationales ?

Alors que l’architecture normative du désarmement, au plan international, menace de s’effondrer, quelles initiatives adopter alors que s’annonce le règne menaçant des missiles hypersoniques ?

Les Français ont le droit à des réponses et des engagements clairs.

Mais Emmanuel Macron a privé la France de ses instruments. De tous ses instruments.

A l’heure où l’histoire révèle chaque jour son caractère plus tragique.