Tribune libre de Jean Messiha, Délégué National aux Etudes et Argumentaires

Le chaos que vivent des millions de Français, bloqués sur les routes et dans les gares, épuisés par un doublement des temps de trajet, des commerçants qui voient cette période essentielle gâchée, était prévisible. Mieux, il a été annoncé par les syndicats.

Notre histoire a largement démontré la combustibilité extrême d’un corps social : celui des cheminots et des conducteurs de la RATP. Détenteur du pouvoir inégalé de paralyser le pays, ce corps a toujours réagi avec une forte combativité à la moindre atteinte à leur personnel et à leur statut non seulement spécial, mais complètement hors-norme. Une agression contre un agent et c’est l’exercice d’un droit de retrait qui paralyse une gare ou une ligne, provoquant la galère pour des centaines de milliers d’usagers. Un accident sans victime grave, comme celui des Ardennes le 16 octobre, et se déclenche un mouvement social surprise qui crée une pagaille sans nom pendant des jours dans tout le pays.

Les moins jeunes se souviennent de l’effroyable chaos de 1995 provoqué, déjà, par une tentative de réformer un régime de retraite proprement insensé et qui échoua. En 2007, ce n’est qu’après 15 jours de blocages que Nicolas Sarkozy parvint à obtenir une modeste augmentation de la durée de cotisation des agents de la SNCF.

On pouvait donc s’attendre à une opposition farouche face à la remise en cause complète d’un régime à la fois totémique et objectivement très avantageux.  Peu importe la bienveillance de Laurent Berger ou de Laurent Escure, respectivement patrons de la CFDT et de l’UNSA, syndicats dits « réformistes ». Ces organisations sont fédérales et les branches « cheminots » ou « conducteurs » disposent d’une base très mobilisée. Ne parlons même pas de la CGT et de Sud-Rail, toujours en pointe et prêts à débrayer pour un oui ou un non.

Bref, tout était écrit et le conflit que nous vivons avait la prévisibilité d’une marée d’équinoxe. D’autant que les organisations syndicales avaient, cette fois-ci, prévenu dès septembre, qu’à partir du 5 décembre elles déclencheraient les hostilités.  Qu’ont fait Emmanuel Macron et Edouard Philippe pour l’anticiper et atténuer les conséquences sur les Français ? Rien. Absolument rien.

Que fallait-il faire ? Peut-être déjà s’interroger sur le calendrier. Etait-ce raisonnable de lancer une bombe sociale à quelques semaines de Noël, fête préférée des Français ? Pourquoi ne l’avoir pas lancée en septembre, quand nos concitoyens étaient reposés par leurs vacances estivales et que le climat était plus clément ? « Il fallait plus de temps pour la concertation », nous répond-on. Fort bien. Alors pourquoi ne l’avoir pas repoussée au printemps 2020 ?  Et une fois lancée, pourquoi n’avoir mis en place aucun moyen pour tenter de soulager les conséquences sur les Français, en mobilisant voire en réquisitionnant, par exemple, des moyens de transport supplémentaires, en affrétant des bus dans toute la France voire dans les pays voisins ? Ou encore en mettant à contribution les camions de l’armée ? Bref être à la hauteur d’un exécutif digne ce nom, dont la formule reine est « gouverner c’est prévoir ». Ils ne gouvernent pas parce qu’en l’occurrence, ils n’ont rien vu et rien prévu.

Mais la question que l’on peut légitimement se poser est : tout ça pour quoi et quelle était l’urgence, quand on voit ce qu’a finalement annoncé Edouard Philippe ? Cette réforme était impérative, car le statu quo était intenable, nous disait-on martialement. Vraiment ? Les premiers effets ne se feront sentir qu’en 2037 ! Les régimes spéciaux vont disparaître, mais le basculement progressif des agents se fera entre 2042 et même 2047 pour les « roulants » ! Tout ce bazar pour ça ? Les experts commencent à dire que même le gain pour nos comptes publics, l’objectif ultime de cette réforme, sera minime.

Et puis, quelle injustice ! On nous explique depuis des mois que ces régimes spéciaux sont exorbitants au regard du régime de retraite de l’immense majorité des Français. Dont acte. Alors comment justifier que le Français lambda sera affecté par cette réforme dès lors qu’il est né après 1975, mais que les prétendus « privilégiés » ne le seront, eux, que 5 ou 10 ans plus tard ?

Nous avons été abreuvés de telles contradictions, égrenées depuis des semaines tantôt par le président, tantôt par le Premier ministre, tantôt encore par le Haut-Commissaire aux retraites. Ce dernier a dû finalement démissionner, couvert de honte avec ses « oublis » de conflits d’intérêts doublés de rémunérations sous-estimées, car personne n’avait pensé à faire la moindre vérification. Cerise sur le gâteau, l’inénarrable Sibeth Ndiaye multipliait à l’antenne des sottises de cour maternelle sur une réforme qu’elle ne maîtrise pas, mais dont elle est pourtant la porte-parole !

Macron avait été estampillé du sceau de la « compétence » par le complexe médiatico-financier. Il incarnait, paraît-il, la tranquille et souriante modernité qui nous emmènerait gentiment sur le chemin d’une France apaisée et rassemblée, en phase avec son temps. Et puis surtout il devait rétablir nos comptes publics. L’oligarchie y tenait beaucoup !

En un mot comme en mille, il avait été adoubé pour dynamiser la France ; il est en passe de la dynamiter. Sa retraite par points est ressentie par les Français comme une retraite par poings. Il a satisfait les Français en mettant fin au cumul des mandats, mais les a fortement courroucés par le cumul des mandales qu’il leur administre depuis son élection. Rarement notre pays a été aussi divisé, fracturé, ensauvagé. Quant à nos déficits, loin de se résorber, ils augmentent. Macron ce n’est ni la compétence ni l’avenir. C’est l’incarnation d’une technocratie arrogante, pétrie de ses certitudes, enfermée dans un modèle antinational destructeur. Un modèle partout dépassé.

Que propose le Rassemblement national ?

Pour sortir de cette impasse mortifère, il convient de s’engager d’urgence dans le redressement productif industriel, agricole et des services :

  • Avec un État stratège qui ne remet pas en cause l’économie de marché, mais la guide et l’oriente davantage ;
  • Avec une baisse importante des prélèvements qui pèsent excessivement sur nos acteurs économiques. Pas pour faire des cadeaux aux patrons, aux cadres-sup et aux actionnaires, mais pour l’emploi et l’innovation ;
  • Avec une protection douanière ou fiscale pour contrer la prédation économique de quelques pays émergents d’Asie qui nous pillent avec la bénédiction de l’UE.

Cela nous permettra de revenir à une croissance moyenne de 2% par an qui est le niveau minimal pour sauver la protection sociale, donner du boulot à ceux qui veulent travailler et assurer un niveau de vie décent à la très grande majorité de nos compatriotes. Et ce n’est pas une chimère ; notre pays est celui qui a le plus d’atouts en Europe !

Le financement de cette stratégie n’est pas le point le plus compliqué, mais il nécessitera de faire des choix et l’un d’entre eux est de renoncer à laisser notre pays être plombé par l’UE, la concurrence déloyale, le mille-feuille administratif, la tolérance à la fraude et servir de réceptacle à la misère du monde. Cette dernière ne nous est pas indifférente, mais nous lui consacrons déjà une aide au développement dans la limite de nos moyens.