Tribune libre de Jean Messiha, Délégué National aux Etudes et Argumentaires

Il n’y avait pas que la « jeunesse », la « modernité », « le sérieux », le « progressisme », la « mondialisation heureuse », « la relance de l’Europe » et autres leitmotivs largement véhiculés par des médias complaisants en 2017 au cours de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron. Il y avait aussi des promesses concrètes ! Rendre quelques milliards aux plus riches, ce fut fait et vite fait. Sauf pour ceux qui avaient préféré investir leur fortune dans la terre et les pierres de France. Pour ces derniers il reste l’IFI. Message : vendez vos maisons et achetez des actions.

Mais la baisse de la dépense publique (60 milliards d’euros) et du nombre de fonctionnaires (120.000) sur 5 ans ?  Évanouie ! La réduction des déficits publics et de l’endettement à respectivement quasiment 0 et à moins de 90% du PIB en 2022 ?  N’y pensons même plus !

Parmi ces promesses non tenues du candidat Macron, qui se souvient encore du Grand Plan d’Investissement (GPI), un des piliers de sa campagne, et qui nous faisait miroiter 57 milliards d’euros d’investissement sur cinq ans ? Le détail en avait même été donné :

  • 9 milliards d’euros pour la réforme de l’État ;
  • 13 milliards d’euros pour la compétitivité et l’innovation ;
  • 15 milliards d’euros pour la formation ;
  • 20 milliards d’euros pour la transition écologique.

« Avec ce plan d’investissement nous préparons l’avenir des générations à venir et maintenons le rang de la France dans le monde de demain », fanfaronnait crânement l’autoproclamé représentant du Nouveau monde en 2017.

L’idée de ce plan lui avait été soufflée par l’économiste Jean-Pisani Ferry, strauss-kahnien historique, devenu « hollandais » puis « macroniste » de la première heure.

Passons sur le fait que ce chiffre était un peu trop malhonnête pour être crédible puisque sur ces 57 milliards d’euros, seuls 24 milliards représentaient une vraie nouveauté. L’essentiel, c’est-à-dire les 33 milliards restants n’étaient en fait que le recyclage de sommes déjà engagées dans le cadre du Programme d’Investissement d’Avenir, lancé à l’époque par Sarkozy puis repris par Hollande.

Mais il y a plus grave. Le quotidien Le Figaro qui avait pris en marche le tramway nommé Macron (lâchant son désir de Fillon décidément sans espoir) s’est livré il y a quelques semaines dans ses pages économiques à un petit exercice assassin : retrouver la trace du GPI[1] !

Ce qu’il a déniché n’est pas très joli à voir et la floraison des qualificatifs usitée pour décrire le GPI n’est pas très glorieuse : « vaste reprise en main par l’administration et plus aucune attention politique », « simple redéploiement de budgets existants », « dizaines de programmes parallèles », « rare complexité », « enlisement ».

Au-delà de ces commentaires peu flatteurs, ce sont les chiffres qui sont terribles.

Les crédits débloqués par le gouvernement s’élèvent à 3,4 milliards d’euros en 2018, 6,3 milliards en 2019 et 7,2 milliards sont inscrits au budget 2020, soit un total de 16,9 milliards sur les trois premières années du quinquennat. Qui peut imaginer que le solde de 40 milliards sera investi sur 2021 et 2022 ? « En même temps » on peut comprendre que face à la forte remontée des déficits publics engendrée par les incohérences de la politique économique du président, les technocrates ministériels freinent des quatre fers.

Et pourtant notre pays a grand besoin d’investissements publics et dans de nombreux domaines. Mais comment les financer ? Il y a la solution de facilité : la dette, peu chère à l’heure actuelle. Mais peut-on sérieusement investir dans l’avenir de la France en se disant que ce sont les générations suivantes qui devront se débrouiller avec la dette que nous créons, car avec une croissance anémique, les recettes fiscales sont insuffisantes pour satisfaire nos colossaux besoins ? Est-il juste de leur léguer ce fardeau alors que notre pays continue à gaspiller des milliards chaque année :

  • dans l’immigration et l’asile ;
  • dans le budget européen, alors que l’UE réalise plus de 32 milliards d’euros d’excédents commerciaux sur notre dos et nous bombarde de travailleurs détachés ;
  • dans le « millefeuille administratif » et les innombrables gaspillages d’argent public ;
  • dans la soumission à la concurrence déloyale (chinoise en particulier) ;
  • dans la tolérance à la fraude fiscale et sociale ?

Nonobstant la nécessité de répondre aux besoins des Français reconnaissons que l’investissement public est un puissant levier de croissance et de cohésion territoriale.

Distribuer des milliards d’euros de pouvoir d’achat comme l’a fait Macron fin 2018 et début 2019 pour éteindre l’incendie social qu’il avait créé avec cette hausse stupide de la taxe carbone n’a même pas provoqué l’augmentation de la consommation. Tous les économistes l’admettent : cette hausse est partie dans le bas de laine des Français qui ont ainsi manifesté toute la confiance qu’ils ont dans la stratégie économique de Macron !

Pourtant, investir est une ardente nécessité, pour, notamment :

  • Rénover notre réseau ferré, nos hôpitaux, nos écoles, nos universités
  • Ouvrir de nouvelles lignes à grande vitesse pour relier les villes moyennes aux métropoles ;
  • Construire de nouvelles voies rapides pour désenclaver des territoires isolés.
  • Renouveler les flottes de transports en commun urbains pour des véhicules moins polluants ;
  • Construire de nouvelles centrales nucléaires pour remplacer celles qui sont en fin de vie ;
  • Déployer rapidement la 5G sur tout le territoire avec pour une fois la préséance pour les territoires et non les grandes métropoles.

Voilà ce qui crée de l’emploi, qui irrigue le tissu économique et qui redonne de l’espoir aux territoires. Encore faut-il, bien sûr, que l’essentiel du travail crée et des équipements achetés profite à la France et non à l’étranger.

L’investissement public est au cœur de notre stratégie pour la France. Mais comme pour notre modèle social et la hausse du pouvoir d’achat, il doit être financé par une croissance dynamique, au moins 2% par an au lieu des minables 1,2 ou 1,3% actuels.

Pour y arriver, pas de miracle ni de formules incantatoires ou de « yakafaukon », mais une stratégie : le redressement productif.

Mais au fait, c’est quoi le redressement productif ? C’est d’abord et avant tout mettre en œuvre les conditions d’une forte amélioration de la compétitivité française afin que nos entreprises reprennent des parts de marché perdues tant sur le marché national qu’international et par la même créer des emplois, augmenter les salaires, verser davantage de recettes fiscales et sociales. Une baisse forte et ciblée des prélèvements pesant sur nos entreprises et un protectionnisme tout aussi ciblé, sont les principaux ingrédients d’une nouvelle stratégie que nous proposerons aux Français dans les mois qui viennent.

[1] https://www.lefigaro.fr/conjoncture/investissement-le-grand-plan-a-57-milliards-de-macron-totalement-enlise-20191011