Tribune libre de Jean Messiha, Délégué national

Le nouveau drame qui a endeuillé le sud de la Méditerranée le 24 juillet avec la disparition en mer de plus d’une centaine de migrants hommes, femmes et enfants, révolte une fois de plus nos consciences.

L’immigration illégale est, certes, une forme de délinquance mais qui ne mérite assurément pas d’y laisser la vie. Toutefois, il ne faut pas se bercer d’illusions : sans réaction de notre part, de nouvelles tragédies se produiront dans un contexte où pas moins de 100 000 candidats à cette traversée sont recensés, rien qu’en Libye. Et ce sinistre business, par ailleurs très lucratif, n’est que très peu risqué pour ceux qui l’organisent et l’entretiennent.

A chaque naufrage, les ONG et les partis immigrationnistes pointeront à nouveau un doigt accusateur sur les peuples et les Etats européens, coupables à leurs yeux d’indifférence et d’inaction. Nous connaissons leur objectif : accélérer la submersion migratoire de notre continent en militant pour le transfert massif et « sécurisé » de ces « réfugiés » africains ou autres vers nos terres. Nous ne devons pas tomber dans ce piège aussi grossier que mortifère. Mais nous ne pouvons pas davantage étouffer plus longtemps la sincère indignation qui touche tant d’entre nous face à ces évènements atroces dans une mer qui est aussi la nôtre.

Disons-le tout net : les Européens ne sont en aucun cas et d’aucune manière responsables de ces tragédies. Les seuls et uniques coupables sont ces milices locales, parfois assistées de mafieux sub-sahariens ou afghans, installées dans quelques localités côtières de cette Libye disloquée par la faute de la droite française et britannique, aiguillonnées par un certain Bernard Henri-Levy dont la responsabilité morale dans ce désastre ne sera jamais assez soulignée.

La brutalité de ces milices sanguinaires, leur cruauté, leur racisme, leur cynisme mais surtout le bilan effroyable en termes de pertes de vies humaines de leurs activités (17 000 noyés depuis 2014 sans compter ceux qui sont torturés et tués sur place) se comparent volontiers à celui des djihadistes que nos courageux soldats combattent au Sahel dans le cadre de l’Opération Barkhane. Ces négriers des temps modernes provoquent la mort de milliers d’Africains et sèment le chaos migratoire en Europe. A ce titre ils sont donc à la fois les ennemis de cette Afrique que nous aimons et que nous respectons et les ennemis de cette Europe que nous défendons.

Doter les autorités libyennes, ou ce qui en tient lieu, de garde-côtes pour intercepter les bateaux en mer est une bonne initiative, largement imputable à nos amis italiens, mais cela n’est pas suffisant car les interventions peuvent être trop tardives pour éviter les drames. C’est donc à la source du problème qu’il faut s’attaquer, c’est-à-dire au départ en mer de ces esquifs. Et pour cela il n’y a qu’une solution : porter le fer et le feu au sein des groupuscules barbares qui entassent les migrants telle une marchandise dans des barcasses surchargées, dont la dangerosité expose ces malheureux à un taux de mortalité de 1 sur 10. Face à ces réalités, l’Europe qui est la zone géographique la plus directement concernée, fait preuve d’une faiblesse indigne. Cédant aux prétentions de souveraineté d’un Etat failli qui se montre incapable de mettre ces gangs hors d’état de nuire, nous nous interdisons, en effet, d’agir de façon plus directe pour sauver des vies africaines tout en arrêtant une invasion devenue insupportable.

Nous devrions mettre les factions au pouvoir en Libye devant leur responsabilité avec trois options :

  1. Agir seules mais agir vite et de façon décisive ;

  2. Demander notre aide comme l’ont fait les pays sahéliens pour combattre lephénomène djihadistequi les dépasse ;

  3. Nous laisser agir directement si aucune des deux premières solutions ne leur sied.

La seconde option apparaît être la meilleure même si elle doit être conditionnée à une identification très précise de nos interlocuteurs locaux, afin de ne pas commettre l’erreur capitale commise par le gouvernement français de l’époque en Syrie. La France avait alors apporté son soutien à des groupes soi-disant rebelles comme Al Nosra, dont on a découvert par la suite qu’ils étaient des fondamentalistes islamistes utilisant les armes livrées par la France contre ses soldats sur place !

Cette condition étant posée, il en existe une quatrième option qui est le statu quo, et que nous excluons catégoriquement pour toutes les raisons exposées jusqu’ici. Dans tous les cas de figure, il ne s’agirait en aucune manière de s’engager dans une quelconque aventure militaire ou d’une « occupation » de portions du territoire libyen. L’objectif, le cas échéant, serait de cibler et frapper ces organisations de façon ponctuelle et précise, avec les importants moyens aéronavals dont nous disposons, afin de détruire leurs infrastructures et de neutraliser leurs membres. Pour les services de renseignements européens et américains ces petits « armateurs de la mort » sont identifiés ou identifiables, localisés ou localisables et facilement « infiltrables » avec des agents posant en migrants.

Rien qui ne soit à la portée des armées française, italienne et pourquoi pas britannique, allemande et espagnole. Dans un tel scénario, ces armées européennes n’auront pas à se confronter à des combattants endoctrinés, fanatisés et prêts à la guerre, comme sur le théâtre irako-syrien ou au Mali, mais à des voyous armés qui profitent de la misère humaine, de la déliquescence de leur pays et de notre propre impuissance. Il n’est d’ailleurs pas exclu que face à la perspective de se confronter à des troupes d’élites occidentales déterminées à les mettre hors d‘état de nuire, ils cessent, de leur propre chef, ce trafic abominable. Les marins, les commandos et les aviateurs des pays européens concernés recevraient sûrement avec une immense fierté la mission de démanteler ces réseaux.

A ceux qui s’y opposeraient, au nom du principe de non-ingérence, et réclameraient un mandat de l’ONU (difficile à obtenir), rappelons-leur les interventions de l’OTAN en Bosnie puis au Kosovo et les expéditions des coalitions internationales menées par les Etats-Unis en Afghanistan puis en Irak, qui se firent sans aval du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Ne parlons même pas des innombrables frappes de drones américains au Pakistan contre les Talibans et de l’exécution de Ben Laden par une unité de Navy Sealsà quelques kilomètres à peine de la plus grande académie militaire de ce pays et en violation pure et simple de son espace aérien et de son sol.

Enfin, il ne serait pas question ici de déploiement durable de troupes au sol et encore moins d’attaques contre la Libye en tant qu’Etat, mais contre des groupes criminels. Toutefois le problème ne s’arrête pas à cette stricte activité mortifère. Des centaines de milliers de personnes sont bloquées en Libye. Elles doivent retourner chez elles car ce pays n’est effectivement pas sûr, pas plus qu’il ne l’est d’ailleurs pour les Libyens eux-mêmes d’ailleurs, eux dont nul ne parle jamais car ils ne sont pas « migrants ».

Le HCR et l’Organisation Internationale des Migrations présents en Libye et qui font un travail admirable dans des conditions difficiles voire, souvent, impossibles, doivent recevoir des moyens supplémentaires, prélevés sur les milliards que l’UE consacre à l’installation des migrants en Europe et qui seraient, dans notre optique, réalloués pour accélérer et inciter le retour dans le pays d’origine de ces naufragés de la migration économique. Les chefs d’Etat européens qui se complaisent dans « un même temps » fait de commisération et de lâcheté doivent se ressaisir : il faut en finir avec ces négriers du XXIèmesiècle, comme nos ancêtres ont su le faire en faisant la chasse aux trafiquants de « bois d’ébène » dans l’Atlantique il y a deux siècles. Il en va de la dignité et de la sécurité de l’Europe comme de celles des Africains à qui nous devons d’avoir fait preuve de courage et de solidarité dans cette longue Histoire qui nous lie à eux et qui a créé entre nous des liens qui, pour être indéfectibles, ne sauraient ni se sublimer dans l’invasion des uns par les autres ni tolérer de laisser cette Méditerranée continuer à se peupler de cadavres.

*Avec la contribution de Frédéric Amoudru, ancien cadre dirigeant d’une grande banque française