Tribune libre de Jean Messiha, Délégué national du RN

En 2017, on se souviendra qu’en simplifiant Emmanuel Macron avait proposé aux Français une combinaison improbable mais séduisante d’une triple mission :

  • Améliorer le pouvoir d’achat en baissant les cotisations et les impôts ;
  • Réduire le chômage ;
  • Accélérer la transition écologique.

Mais l’un des objectifs asséné pendant la campagne présidentielle, objectif censé être l’atout majeur du candidat Macron, fut sans conteste la réduction des déficits publics qui minent notre pays depuis des années. Et cela devait se faire sans s’attaquer aux maux qui sont à l’origine de la plupart des difficultés économiques et sociales de notre pays à savoir :

  • Un appareil productif devenu sous-compétitif après l’entrée dans l’euro, car ne bénéficiant plus de la flexibilité monétaire ;
  • Un libre-échangisme aveugle imposé par l’UE et qui met nos producteurs déjà fragilisés par l’euro en opposition frontale avec la grande concurrence déloyale des prédateurs mondiaux comme la Chine mais également avec celle plus proche de l’Europe de l’Est ;
  • Une fracture territoriale terrible qui résulte directement de la désindustrialisation mais aussi de la ruine progressive du monde agricole, les deux phénomènes étant liés aux deux point précédents ;
  • Une administration pesante, conséquence de la multiplication des strates qu’illustre le terme désormais célèbre de « mille-feuille administratif ». Mille-feuille auquel s’ajoutent les nombreuses agences et organismes publics dont le coût et surtout l’utilité toute relative sont régulièrement dénoncés par la Cour des Comptes. Sans compter la débauche de dépenses dans les domaines non régaliens…
  • Une immigration du Tiers-monde dont le coût social et sécuritaire va croissant.

Macron s’est résolu – non pas sous la pression des Gilets Jaunes pacifiques des ronds-points mais à la vue des flammes qui ont embrasé les beaux quartiers parisiens – à lâcher 17 milliards d’euros « de hausse de pouvoir d’achat » dont une partie (7 milliards d’euros) était effectivement un effort (hausse de la prime d’activité, défiscalisation des primes, baisse de l’impôt sur le revenu en 2020) mais dont l’autre (10 milliards d’euros) ne résultait que du simple abandon des mesures antisociales (hausse de la taxe carbone, désindexation des petites pensions, etc.) que le gouvernement se préparait à prendre au dernier trimestre 2018.

Les caciques du macronisme excipent de la légère baisse du chômage pour asséner, contre toute vraisemblance que la situation va mieux, les médias allant même jusqu’à voir le plein-emploi à terme se rapprocher !

La très légère embellie sur le front de l’emploi est indéniable, mais à quel prix ? Pour 2019 notre déficit atteindrait -96,3 milliards d’euros et baisserait à -93,1 milliards d’euros en 2020. Mais ce que le gouvernement présente urbi et orbi comme une « amélioration » est en fait une dégradation. En effet, en 2019 les chiffres gouvernementaux sont impactés par la conversion du CICE en baisse de charges, représentant une surcharge exceptionnelle de 20 milliards d’euros. En clair et hors effet CICE, le déficit se chiffrerait à -76,3 milliards en 2019.  Cette conversion pèsera encore 6,5 milliards d’euros en 2020. Ainsi, pour l’année 2020, le déficit hors-CICE s’établirait à 86,6 milliards d’euros, donc en augmentation de 10,2 milliards d’euros en 2020 soit près de +13.5% ! La maîtrise de la dépense publique est, par ailleurs, très modeste puisqu’elle progresse encore en volume (hors effet inflation) de +0,9% de 2019 à 2020.

Mais ce n’est pas tout. Les « mesures Macron » touchant aussi les budgets sociaux, ces derniers, qui étaient presque revenus à l’équilibre après plusieurs années d’efforts pénibles consentis par les Français, replongent : -5,4 milliards d’euros en 2019 et -5,1 milliards en 2020.

Au total, les déficits des finances publiques et sociaux cumulés avoisinent les 100 milliards d’euros tout de même (sans compter le déficit de l’UNEDIC qui se monte à 3 milliards d’euros…) !

A ce stade, la question qu’il convient de se poser est la suivante : si l’on fait environ 100 milliards d’euros de déficit quand « cela va plutôt bien », comme le claironnent les économistes amis du pouvoir, qu’est-ce que ça serait si « cela tournait mal », c’est-à-dire si nous avions à affronter une nouvelle crise économique comme en 2008 ? 150, 200 milliards d’euros ?

La vérité crue est la suivante : Macron « achète » ses (relatives) performances économiques et ses mesures sociales à coups de milliards que nous n’avons pas. Il fait, au demeurant, comme tous ses prédécesseurs : reporter sur les déficits et la dette les coups de pouce consentis à un peuple dont la colère est plus que légitime. Un comble pour celui qui nous a été vendu en 2017 comme le candidat de la responsabilité et du sérieux budgétaire ! Et « en même temps », malgré cette dérive historique de nos finances publiques, l’argent manque partout dans nos services publics (sécurité, justice, etc.) et sociaux (santé, dépendance, etc.).

Quant au retour à l’équilibre et à la réduction de la dette prévue par le Président, nous en serons loin. Très loin. Macron s’était engagé à ramener notre déficit public à zéro et à abaisser notre ratio dettes/PIB à moins de 90% en 2022. Les mesures prises pour répondre à la crise des Gilets Jaunes en sus d’une croissance moins bonne que prévue ont complètement fait dérailler la trajectoire du redressement promis. Les dernières prévisions de Bercy tablent sur un déficit budgétaire à -1,5% et un ratio dettes/PIB de plus de 98% à l’horizon 2022. Et ceci malgré une chute des taux d’intérêt qui fait économiser des milliards d‘euros à l’Etat chaque année. Au rythme où ces chiffres sont révisés, il y a fort à parier que nous tangenterons les 100% à la fin du quinquennat et que du point de vue des finances publiques nous pourrons parler d’un « quinquennat pour rien ».

Inquiétante dans l’absolu, la situation de nos comptes publics et sociaux l’est encore plus si on la restitue aux côtés de celle de nos principaux partenaires européens. En effet, pendant que nous plongeons dans les abysses financiers, nos voisins, eux, maintiennent, voire améliorent leur situation. L’Allemagne, par exemple, maintiendra un budget en équilibre en 2020, après avoir enregistré des excédents depuis 2015 lui permettant de ramener son ratio dettes/PIB à 60%, soit près de 40 points en dessous de la France ! Nous divergeons de plus en plus avec l’Allemagne, car notre modèle n’est pas performant et Macron n’y fait rien. Nous avons une protection sociale de haut niveau mais en dégradation constante et les Français n’acceptent pas ce déclin. Nous avons un Etat toujours protecteur mais qui l’est de moins en moins, et les citoyens veulent restaurer son efficacité.

Face à cette situation il ne faut pas se voiler la face : seuls la croissance et le plein emploi peuvent financer de manière durable et soutenable notre modèle social et l’Etat protecteur que nous défendons. Or, cela fait longtemps que nous n’avons plus ni l’un ni l’autre. Pour les atteindre, le problème central de notre pays doit être résolu d’urgence : la sous-compétitivité industrielle, agricole et même des services (preuve en est la délocalisation croissante dans ce secteur aussi) largement démontrée et documentée. Elle nous a fait perdre au fil des années des parts de marché à l’étranger mais aussi dans notre propre pays sous les coups de boutoir de la concurrence déloyale. Cela nous coûte des centaines de milliers d’emplois et bien sûr des milliards d’euros de recettes fiscales et sociales.

Il est urgent de baisser massivement le coût du travail, dans un contexte d’euro surévalué. Toutefois cette baisse indispensable des prélèvements pour les entreprises doit s’intégrer dans la stratégie qui est la nôtre, celle de la compétitivité et l’emploi. Les baisses de prélèvements doivent être concentrées sur le coût du travail plus que sur la fiscalité des bénéfices. Et, à la différence du CICE, plus question de « cadeau » : il nous faut des engagements fermes de la part du patronat !

  • La « démétropolisation». Les baisses doivent se concentrer sur les entreprises qui opèrent hors de la poignée de métropoles qui captent déjà une part considérable de l’emploi et de la richesse nationale.
  • La réindustrialisation : en ciblant nos mesures hors grandes métropoles nous favorisons l’industrie, car ce n’est pas en zone de très forte densité urbaine que les usines vont ouvrir ou s’agrandir.
  • Les collectivités d’Outre-Mer doivent bénéficier d’un effort tout particulier, en raison de leur sous-compétitivité plus que criante par rapport à leur environnement économique.
  • La priorité nationale. Les baisses ne doivent couvrir que les salariés de nationalité française et les citoyens européens présents dans notre pays depuis une durée à déterminer.
  • La priorité aux agriculteurs, aux TPE et aux PME mais on ne peut ignorer le rôle crucial des ETI et des Grandes Entreprises dans le redressement productif.

« Et comment allez–vous financer ces mesures ? », tancerons nos adversaires.

Tout simplement, en stoppant le pillage dont nous sommes victimes depuis des années. Par exemple :

  • Les 8 Mds Euros net par an versés à une Union Européenne avec qui nous enregistrons un déficit commercial de 32 Mds Euros.
  • Une immigration de masse du Tiers-monde dont le bilan économique et social est profondément contrasté, ce qui n’était pas le cas des immigrations européennes et indochinoises.
  • La taxation des importations chinoises qui ont tant contribué à nous désindustrialiser. Dans ce domaine, l’iconoclaste Donald Trump a ouvert la voie sans état d’âme.
  • Le « mille-feuille administratif » qui empile des communes innombrables, les Intercommunalités, les Métropoles, les Départements et les Régions.
  • La fraude fiscale et sociale certes combattue, mais qui peut l’être bien davantage.
  • Le retour de l’ISF, mais en prenant garde de ne pas décourager l’investissement productif.

En matière économique et sociale la France ne peut pas se battre dans un monde globalisé et ultra-compétitif en se corsetant de chaînes et en s’imposant des handicaps.

Le redressement productif est la condition sine qua non de la préservation de notre idéal républicain et elle nous impose de reprendre notre destin en main au lieu de l’abandonner aux technocrates de Bruxelles.