Tribune de Pierre Deniau, Conseiller Régional des Hauts-de-France

« Dans ce monde nouveau, la source fondamentale et première de conflit ne sera ni idéologique ni économique. Les grandes divisions au sein de l’humanité et la source principale de conflit sont culturelles. »Bien que les tensions sociales –fondées essentiellement sur des motifs économiques – qui traversent régulièrement nos sociétés contemporaines tendent à atténuer la portée de son propos, il est indéniable que Samuel Huntington touche du doigt l’origine même des fractures de nos sociétés européennes : une crise identitaire indissociable d’un conflit de cultures. Du conflit culturel au conflit civilisationnel il n’y a qu’un pas… Et Huntington de poursuivre :  « Les États-nations resteront les acteurs les plus puissants sur la scène internationale, mais les conflits centraux de la politique globale opposeront des nations et des groupes relevant de civilisations différentes. »

A l’aube de l’ouverture d’un débat crucial pour l’avenir de nos sociétés dans le cadre de la campagne pour les élections européennes, la problématique culturelle doit plus que jamais être mise au centre des thématiques politiques. Nous le voyons déjà à l’échelle des collectivités locales, l’enjeu culturel au sens large est fondamental, car il donne du sens à l’ensemble des orientations politiques et budgétaires. Il en va de même à l’échelon national où, selon les orientations prises par le Ministère de la Culture, notamment en matière de patrimoine national, celui-ci fera – ou pas – l’objet d’une protection efficace de la part de l’Etat. Parce qu’il s’agit de notre héritage historique et qu’il contribue chaque jour au rayonnement de notre pays, notre patrimoine devrait être au centre des préoccupations des pouvoirs publics. Outre l’indispensable augmentation du budget qui lui est alloué, il est temps de mettre un coup d’arrêt à la scandaleuse politique de vente à l’étranger ou au privé de nos joyaux patrimoniaux nationaux. Car même si André Malraux estimait que la culture se conquiert, mais ne s’hérite pas, il existe bel et bien en France un héritage culturel dont nous sommes les dépositaires. 

Les nations d’Europe regorgent de trésors culturels qui sont autant d’illustrations de son glorieux passé mais aussi de sa dynamique d’avenir. Au-delà du simple patrimoine matériel et immatériel, c’est cette création artistique, ces spectacles vivants qui font la fierté de notre nation à l’international qui doivent être mis en exergue. En ce sens, l’identité européenne est le fruit de ces identités culturelles nationales sans lesquelles l’Europe n’existerait pas. Ces identités charnelles s’opposent bien évidemment à une volonté européiste d’uniformisation.  Même si le Traité de Maastricht indiquait que l’Union Européenne doit contribuer à l’épanouissement de la culture des Etats membres, c’est au contraire bien souvent les politiques communautaires qui ruinent les cultures de nos nations européennes. La culture doit être le reflet de l’âme des peuples de notre continent.

« Parce qu’un homme sans mémoire est un homme sans vie, un Peuple sans mémoire est un Peuple sans avenir ». Après la commémoration il y a quelques semaines du centenaire de la victoire de la Première Guerre mondiale, ces propos du Maréchal Foch sonnent comme un avertissement. Au fil des mois, lespeuples d’Europe démontrent les uns après les autres qu’ils ont une mémoire, et donc un avenir, dont le socle devra être constitué des cultures nationales indispensables au maintien de leur rayonnement. C’est une véritable révolution culturelle que les Européens sont appelés à mener. Une révolution qui ne fera pas table rase du passé glorieux de notre continent européen, mais qui lui redonnera tout son sens et son prestige dans notre époque contemporaine. Une révolution qui sera résolument tournée vers l’avenir, un avenir ancré dans notre génie artistique et créatif.