Tribune libre de Gilbert Collard, Ancien député de la Nation, Député français au Parlement européen

Le 26 avril, l’Assemblée était clairsemée, tout aussi vide que lorsqu’elle fait le plein, du reste. De la tribune historique, d’où les grandes voix de Clemenceau, Jaurès, De Gaulle ont tonné, Édouard Philippe annonçait, sous le martyr de sa pauvre barbe rongée par les termites de l’angoisse, le déconfinement ! Derrière lui, Ferrand présidait l’Assemblée du vide viral.

Ça veut dire quoi, ce simulacre démocratique de vote captif et totalement inutile sur le discours du Premier ministre : 368 voix pour, 100 contre ! C’est « l’assurance tous risques » démocratique souscrite par le gouvernement auprès de la mutuelle parlementaire présidée par Ferrand. On ne pourra rien lui reprocher puisque la grande illusion de la représentation nationale a donné son approbation par un vote qui n’avait aucune raison d’être.

Ils sont très prudents au gouvernement !

Au fur et à mesure que j’écoutais le Premier ministre parler devant ce jeu de quilles parlementaire, je me disais que s’il avait été le commandant du Titanic, il aurait dit en voyant l’iceberg : « rassurez-vous, il finira bien par fondre » !

Quel étrange, triste et burlesque moment que celui où le Premier ministre, maître de rien, incapable de tout, empêtré dans mensonges et contradictions, annonce le déconfinement à tâtons dans le confinement à l’aveuglette ! L’explication aux erreurs d’hier est simple : « les temps ont changé » !

N’oubliez pas une formule chère à Staline, qui justifiait toutes ses palinodies par le mortel et cynique : « les circonstances ont changé ».

Le 11 mai, muguet au fusil, on déconfine tout en confinant sans confiance, ici, mais pas là, un peu, pas beaucoup, à 100 km de chez soi, mais pas aux frontières, à 15 dans les écoles mais pas à 16, à 10 dans la vie sociale avec masque, sans masque, avec test, sans test… Au passage, il est bon de rappeler qu’on ne s’occupe de ces tests que depuis le… 21 mars dans les ministères de l’Économie, de la Recherche et de la Santé.

Quelle cacophonie dans l’incohérence de cette partition administrative : défense d’aller se défouler sur le désert de sable d’une plage ou de participer pieusement éloigné à une Messe, mais permission de musarder dans une médiathèque, de badauder dans une bibliothèque, ou de marcher en rêvant dans un petit musée. Rien de culturellement idéologique bien sûr dans ces choix ?

Le port du masque est obligatoire dans les transports, mais on le sait, on le répète, il faut la distance pour l’efficacité du masque ; or, pour la SNCF, la distanciation de protection est impossible pour des raisons financières ; ce sera donc l’entassement communicatif dans les trains !

Tout ce discours professoral perché pour arriver à cette cruelle certitude : le cobaye c’est le citoyen, le péquin du métro, du bus, du train, du boulot. À lui de tester sans test (on devrait en avoir 700 000 pour le 11 mai… c’est un objectif pas une réalité), de se masquer sans masque, de se soigner sans soin consensuel…

Pourquoi, alors qu’on n’est pas prêt, la date du 11 mai a-t-elle été choisie sans concertation ? Allez savoir ! Un quelconque numérologue élyséen aurait-il murmuré, dans un moment divinatoire, cette date fatidique à l’oreille du Chef de l’État ? Nul ne sait sur quels critères cartomanciens cette date a été choisie, lundi fatidique à partir duquel le virus est censé virevolter mortellement ailleurs.

Au moment même où l’on autorise la réouverture des crèches dans la limite de 10 enfants, des inquiétudes graves surgissent en Angleterre, en Italie, en Belgique, en Suisse et en France sur des soupçons de syndrome de Kawasaki en lien possible (?) avec le coronavirus. Une vingtaine d’enfants auraient été hospitalisés dans un état grave en réanimation à Paris, ces dernières semaines. On comprend mieux les réticences à la réouverture des écoles, en l’absence de protocole sanitaire. Mon œil, en outre, sur le volontariat du retour des enfants à l’école comme mensongèrement promis. « Si t’es pas volontaire pour envoyer tes gosses, tu touches pas le chômage partiel » : c’est du volontariat…partiel ! On a l’impression que c’est à la tête du client.

Le Japon qui avait rouvert ses écoles vient de les refermer ; l’Allemagne, si fière, se reconfine ; l’Italie, sage et seule, n’ouvrira les écoles qu’en septembre.

La tribune de Genève du 29 avril publie une étude qui fait froid dans le dos du déconfinement : des chercheurs craignent une deuxième vague plus mortelle que la première. Oser dire cela ce n’est pas bien, c’est digne de l’indignité du bistrot du commerce d’après Édouard-barbe-chenue…

J’ai entendu dire moins de conneries dans les bistrots que dans les ministères ; j’ai entendu dire moins de conneries dans le troquet de mon village, chez Félix, qu’au comptoir médiatique qui nous soûle de stupidités sentencieuses.