Intervention de Marie-Christine Arnautu, vice-présidente du Front National en Charge des Affaires sociales, conseiller politique de Marine Le Pen aux Affaires sociales pour l’élection présidentielle de 2012

Il y a bien longtemps que le Front National se préoccupe de nos compatriotes handicapés. J’ai retrouvé une intervention que j’avais prononcée aux journées du handicap organisées à l’Unesco en 1988. J’étais alors assistante parlementaire de notre député Jean-Pierre Stirbois.

Je terminais cette allocution en affirmant que « les handicapés devaient impérativement trouver une véritable et naturelle solidarité de la part de la nation ».

Cette phrase, Marine Le Pen, peut la réinsérer dans son projet présidentiel de 2012, car 23ans après, la solidarité nationale n’est toujours pas de mise envers eux, hors période électorale bien sûr.
Nous déplorons bien sûr de plus être en mesure de représenter les 20 % de Français qui soutiennent nos orientations, mais ainsi va la démocratie … Nous considérons qu’il est pourtant essentiel d’assurer la représentation de toutes les sensibilités politiques choisies par les électeurs, notamment au niveau de l’Assemblée Nationale.

Au nom de Marine Le Pen, je remercie sincèrement M. Chazal de nous avoir invités à ces états généraux de la Déficience Visuelle, je vous remercie vous aussi d’être présents pour écouter nos propositions.
Comme pour la plupart des sujets, la politique du handicap n’a que trop peu bougé dans les faits malgré les nombreux effets d’annonce.

S’agissant d’abord des problèmes du handicap en général, il faut souligner que près de 900.000 handicapés vivent avec moins de 800€ par mois. Ils n’échappent pas aux ravages de la mondialisation, et peut-être encore plus que d’autres ils en paient le lourd tribu.

Depuis la création des MDPH et l’approche pluridisciplinaire, on aboutit souvent à une diminution des aides sociales par rapport aux situations antérieures, avec des délais parfois insoutenables, malgré les procédures d’attribution d’urgence. Le financement partiel des équipements, l’augmentation du coût de la vie et le déremboursement de prestations de santé ou de médicaments condamne beaucoup d’handicapés français à une grande précarité. Les dispositions prévues pour la généralisation de l’accessibilité sont en retard et trop souvent laissées à l’initiative locale au lieu d’une prise en compte nationale centralisée. De multiples expérimentations locales redondantes qui ne remontent pas toujours au plan national, ce qui a pour effet une dispersion des moyens financiers.

Les handicapés visuels connaissent les mêmes problèmes que pour tous les autres types de handicap, mais présentent également des difficultés spécifiques insuffisamment prises en compte par les pouvoirs publics, y compris dans le cadre de la loi du 11 février 2005.

Certes, cette loi permet des avancées importantes pour les personnes en situation de handicap dans ses principes généraux comme dans ses propositions concrètes. Mais les nouvelles dispositions avec transfert de compétence aux départements ont rendu les modalités d’aide plus complexes du fait de l’approche pluridisciplinaire parfois inutilement lourde et donc coûteuse. Les décrets d’application sont sortis trop lentement pour que les délais soient respectés ; de nombreuses dispositions remettent en question ces acquis faute d’une réelle volonté politique et bien entendu faute de moyens. Les choix économiques du gouvernement (politique d’immigration, AME (aide médicale d’Etat réservée aux étrangers en situation irrégulière donc clandestins (coût 600M€ annuels)) le contraignent à restreindre les aides aux handicapés français. On peut parler de préférence mondialiste au détriment des handicapés français.

La loi de 2005 et le rapport du Conseil national Consultatif des Personnes Handicapées de 2010 constituent une excellente base de travail, à la condition de mieux prendre en compte de la spécificité du handicap sensoriel, en particulier visuel. Mais encore faut-il se donner réellement les moyens de mettre en œuvre ces propositions. Le plan « handicap visuel » n’a pas tenu toutes ses promesses faute d’une réelle volonté politique et surtout de moyens à cause de la crise financière.

Seule une politique économique globale permettrait de réellement satisfaire les besoins des handicapés, avec en particulier l’application du principe de préférence nationale.

Une meilleure utilisation des moyens doit remplacer par exemple le saupoudrage des subventions publiques des multiples intervenants (Etat, région, département, communes) par une gestion plus centralisée et plus contrôlée de ces ressources par des associations réellement compétentes. En particulier l’excellent travail que montre ici la Confédération Française pour la promotion Sociale des Aveugles et Amblyopes est un exemple remarquable qui nous montre la voie à suivre. Vous avez su fédérer vos énergies en dépassant les particularismes de chaque association membre. C’est un exemple que devraient suivre nombre d’institutions publiques, en particulier les institutions territoriales trop souvent inutilement redondantes.

Il n’est donc pas utile d’envisager une augmentation considérable des ressources consacrées au handicap, mais une meilleure utilisation avec en particulier plus de contrôles pour limiter les fraudes, une meilleure utilisation des subventions et la simplification des procédures d’attribution des aides par les MDPH.

Outre les problèmes généraux que je viens d’évoquer, il faut également tenir compte de problèmes spécifiques au handicap visuel. Il faudrait pouvoir enfin disposer de statistiques sur le nombre d’aveugles et d’handicapés visuels en France, ce qui permettrait une meilleure évaluation des besoins réels. Actuellement personne n’est capable de dire exactement combien il y a d’aveugles et de déficients visuels en France, ce qui est vraiment étonnant.

Il nous semble que le problème le plus important ici est celui de l’éducation. Les conceptions pédagogiques actuelles et la loi de 2005 font de l’intégration scolaire un droit et une obligation pour les pouvoirs publics. Cette idée part d’un bon sentiment, On parle maintenant d’inclusion scolaire par opposition à l’exclusion qui caractérisait naguère, croit-on, la scolarisation en milieu spécialisé.

Incontestablement, il s’agit là de la conquête d’un droit à la dignité par lequel tout enfant handicapé doit pouvoir être traité comme un être humain à part entière.

Toutefois, il semble que cette politique volontariste d’intégration scolaire a eu de nombreux effets pervers, car de nombreux enfants n’ont pas pu réellement progresser dans un environnement qui leur est trop hostile et où ils doivent affronter tous les problèmes à la fois : autonomie dans la vie quotidienne, orientation, locomotion, maîtrise de toutes les techniques de travail. De nombreux spécialistes, y compris parmi ceux qui vivent au quotidien l’inclusion scolaire, reconnaissent que cette politique a peut-être atteint ses limites.

Il me semble que l’intégration scolaire est un droit, mais il y a aussi un autre droit selon nous inaliénable, celui de recevoir l’éducation la meilleure possible. C’est un droit de l’enfant trop souvent négligé. Il faut trouver un équilibre entre ces deux exigences parfois contraires.
L’inclusion scolaire en milieu ordinaire des déficients sensoriels les prive souvent de l’acquisition des savoir et pratiques fondamentaux, en particulier le Braille, d’où un retard scolaire important et un avenir professionnel définitivement compromis.

Pour les aveugles et handicapés visuels profonds, redonner une place importante au braille quitte à maintenir pour les enfants qui le peuvent encore un usage complémentaire de lecture visuelle. Un enseignement systématique de la locomotion est également une étape fondamentale de l’accès à l’autonomie. Les enfants aveugles scolarisés dans les établissements spécialisés acquièrent plus vite de l’autonomie, d’autant qu’ils bénéficient de l’émulation avec leurs camarades ayant les mêmes problèmes qu’eux. L’enfant handicapé intégré est souvent placé psychologiquement en situation d’infériorité, malgré toutes les bonnes volontés, ce qui n’est pas le cas en établissement spécialisé. Ces derniers ne sont pas des ghettos mais au contraire sont ouverts sur le monde et peuvent servir de base à une intégration réussie. En inclusion scolaire, un enfant aveugle aura un surcroit de travail malgré toutes les aides possibles, alors que dans un établissement spécialisé, tout est immédiatement adapté à ses besoins, y compris les livres scolaires; Il peut en outre y recevoir un enseignement complémentaire de haut niveau en musique avec une pédagogie adaptée, comme c’est le cas à l’Institut National des Jeunes Aveugles à Paris., ce qui est impossible en milieu scolaire normal. Une formation de haut niveau avec une diversité vraiment adaptée au handicap permet réellement de donner à l’enfant tous les moyens d’une réussite future.

Les établissements spécialisés doivent pouvoir travailler avec le milieu scolaire normal dans une optique de complémentarité plutôt que de concurrence. Ils peuvent devenir centres de ressource comme c’est déjà le cas dans plusieurs région et constituer une base de repli pour les élèves qui, très nombreux malgré les dénégations de l’Éducation Nationale, sont en difficulté en inclusion scolaire. Mais il faudrait alors que certains prématurément fermés puissent à nouveau accueillir des élèves, comme c’est d’ailleurs le cas dans de nombreux pays.

Nous pensons qu’il est urgent d’établir un état des lieux de l’inclusion scolaire des déficients visuels et ce le plus rapidement possible afin d’évaluer objectivement les réussites et les échecs. L’institut National des Jeunes Aveugles à Paris pourrait avoir en la matière un rôle important car il est déjà centre de ressources et a les compétences pour évaluer les réussites et les problèmes posés par les deux méthodes de scolarisation.
Pour les handicapés sensoriels les établissements scolaires nationaux, régionaux ou départementaux devraient pouvoir accueillir des élèves et être en même temps centres de ressources pour les élèves intégrés.

Le problème essentiel de l’accessibilité qui se pose aux aveugles et déficients visuels concerne la circulation en ville, devenue de plus en plus complexe du fait de la multiplicité des acteurs qui demandent des espaces spécifiques, les « zones partagées » (bus, vélos piétons, etc.) Les instances représentatives accomplissent déjà un travail remarquable, mais se heurtent toujours à un manque de moyens pour mettre en application les mesures préconisées. Une peut-être trop grande latitude d’action est laissée aux régions et aux départements, voire aux communautés urbaines pour mettre en place leurs propres expérimentations ou leurs propres mesures. Il conviendrait que l’État se réinvestisse car c’est à lui qu’il appartient, en dernier lieu, d’imposer des normes sur tout le territoire, à partir des préconisations de l’AFNOR (Association française de normalisation) et du CERTU (Centre d’études sur les Réseaux, les Transports, l’Urbanisme et les constructions publiques). Mais il faudrait garantir l’indépendance des instances décisionnaires en la matière, en particulier à l’égard des fournisseurs de matériel. Les pouvoirs publics qui ne connaissent pas toujours la complexité de ces questions ont tendance à trop écouter des spécialistes auto proclamés. C’est avant tout l’avis des usagers qui doit être pris en compte, surtout quand il est analysé et formulé avec compétence et professionnalisme par des institutions comme la CFPSA (Confédération Française pour la promotion Sociale des Aveugles et Amblyopes) et ses commissions techniques.

La formation professionnelle et l’accès à l’emploi des handicapés sont encore actuellement un souci constant, malgré les efforts déjà consentis. Le chômage endémique est évidemment un contexte défavorable, mais les handicapés, plus que les autres, sont touchés et ont encore plus de difficultés pour trouver un emploi. Si nous parvenons au pouvoir, nous veillerons à ce qu’une politique plus volontariste en la matière soit mise en œuvre. Notre travail sera d’ailleurs facilité par une politique économique favorable à la réindustrialisation de la France.

L’accès à la culture, au livre et à la presse tout comme aux sites internet publics ou privés est un droit garanti par l’État qui doit ici retrouver un rôle moteur en rappelant à chacun ses obligations. Mais il ne sert à rien de prévoir des obligations légales si on ne prévoit pas en même temps des sanctions pour ceux qui ne respectent pas ces obligations, ce qui est le cas actuellement.

Toutes ces propositions ont été formulées par nos spécialistes qui ont pu consulter différents partenaires, en particulier les usagers.

Au cours de la campagne électorale, vous entendrez beaucoup de propositions beaucoup de promesses toutes aussi merveilleuses les unes que les autres, mais qui ne pourront pas être mises en application faute d’une politique économique globale.

Car il ne sert à rien d’envisager séparément les problèmes sans avoir une vision globale cohérente. Si la France reste prisonnière de la mondialisation, sous la tutelle d’une Europe technocratique éloignée des préoccupations des peuples et obéissant aux exigences des pouvoirs financiers, alors notre pays subira le nivellement par le bas en diminuant drastiquement ses dépenses. Les salaires et les prestations sociales diminueront pour s’aligner sur les salaires et les prestations les plus basses en Europe, puis à terme dans le monde. L’afflux massif d’immigrés nouveaux toujours plus nombreux entraînera la disparition des politiques sociales au profit d’une privatisation généralisée des régimes d’assurance, y compris pour la prise en compte du handicap.

Dès lors, toutes les belles promesses qu’on vous aura faites resteront lettre morte.

Au contraire, en retrouvant sa souveraineté, la France, en collaboration avec d’autres pays, pourra redonner vie à son économie réelle et relocaliser des entreprises. Par cette dynamique retrouvée elle pourra favoriser la création de nouvelles entreprises parmi lesquelles on trouvera sans doute des innovations favorables au handicap, comme c’est déjà le cas dans d’autres pays.

C’est alors que nous pourrons mettre en œuvre les grandes orientations de notre projet présidentiel :
Définir clairement le handicap
Définir enfin les contours du handicap.
Simplifier et clarifier les critères d’appréciation du handicap et de la dépendance, revenir à une déclaration annuelle de ressources

Un meilleur soutien aux personnes handicapées et à leurs proches, une lutte renforcée contre la fraude
Revaloriser l’AAH et lancer un vaste plan de lutte contre la fraude aux aides sociales. Nous sommes farouchement opposés à la rumeur qui court selon laquelle il serait question d’accorder aux handicapés volontaires le RSA en plus de l’AAH à condition d’accepter un travail 7 heures par semaine et encore moins d’aligner l’AAH sur le RSA. Je ne crois pas d’ailleurs que ceci ne soit qu’une rumeur .En effet, dans le plan drastique annoncé de réductions des prestations sociales, dans le seul but de ne pas décevoir les agences de notation et de faire allégeance au monde de la finance, il est fort probable que les handicapés soient les premiers sacrifiés sur l’autel de la rentabilité : les plus vulnérables d’abord est devenu un slogan d’actualité.
Annuler progressivement les barrières d’âge pour l’attribution des aides (PCH). Mettre en place pour les proches un réseau d’aides (formation, soutien et accès à des dispositifs de répit).
Détecter et lutter activement contre la maltraitance des personnes handicapées. Ce tabou doit être enfin brisé.
Se fixer un objectif sur le mandat : mettre en place des centres d’accueil pour les enfants handicapés et être en mesure de permettre le maintien à domicile avec l’aide d’une tierce personne à ceux qui le souhaitent.
Construire/rouvrir progressivement les établissements régionaux d’éducation adaptée.

Le handicap dans son milieu, et en milieu scolaire
Favoriser l’accès à l’école et aux activités parascolaires pour les enfants handicapés : exercer un contrôle sur les modalités d’acceptation. Garantir la pérennité statutaire des auxiliaires de vie scolaire et leur formation.
Informer les parents d’enfants déficients sensoriels sur les établissements spécialisés : la formation initiale délivrée leur permettant de poursuivre des études en milieu scolaire ou universitaire ordinaire.
Développer progressivement les Établissements et Services d’aide par le travail.
Développer les programmes d’aide aux handicapés via le contact avec les animaux.
Lancer une réflexion avec les acteurs concernés pour une meilleure prise en compte et une meilleure prise en charge de l’autisme : formation des professionnels de santé, accompagnement des parents, aides aux associations, financement adapté, investissement sur la recherche.

Miser sur les nouvelles technologies pour aider les personnes handicapées
Veiller à l’application de loi handicap de 2005 dans l’entreprise (conformité des postes de travail, développement du « e Learning »)
Imposer aux principaux acteurs du Web un standard d’accessibilité pour les malvoyants et les mal entendants en donnant priorité aux entreprises françaises expertes et performantes dans ce domaine.

Voilà, Mesdames et Messieurs, les grandes orientations de notre projet. Il n’est pas mensonger, il n’est pas électoraliste non plus. L’attention portée aux handicapés est pour Marine Le Pen sincère et ancienne. Elle est la même qu’elle porte à tous nos compatriotes et particulièrement les plus vulnérables.
Je terminerai par la première phrase de son discours de samedi dernier : Clemenceau a dit « il faut d’abord savoir ce que l’on veut, il faut avoir le courage de le dire, il faut ensuite l’énergie de le faire ». Le communautarisme a largement contribué à dresser les unes contre les autres toutes les différentes composantes de notre pays. Il a détruit toute forme de solidarité, mot dont pourtant l’étymologie même est évocatrice, issue de la terminologie du droit romain, à savoir « in solidum » (pour le tout). Seul le concept de nation est donc capable de rétablir la solidarité entre les Français.

Ainsi que l’exprimait Ernest Renan «  une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune »