Communiqué de Christelle Lechevalier, Député français au Parlement européen

Lactalis, Sodiaal, Savencia ou Eurial, tous ces géants laitiers font pression depuis plusieurs années pour modifier les critères d’attribution du label AOP sur le camembert. Si ces industriels parviennent à gagner cette bataille, nous verrons demain les 60.000 tonnes de camemberts pasteurisés s’octroyer le gage de l’excellence.

Le Camembert de Normandie AOP, représentant moins de 10 % de la production annuelle, est actuellement soumis à un strict cahier des charges (lait cru, 50 % de vaches de race normande, moulé à la louche etc…) quand sa pâle copie ne répond à aucune contrainte de production. La réforme de l’AOP visera à alléger considérablement les critères et ainsi augmenter la proportion de camemberts labélisés. C’est en somme la même philosophie qui consiste à abaisser le niveau du bac pour avoir plus de bacheliers.

Nul doute, cette réforme trompera les consommateurs qui pensant s’offrir le nec plus ultra du camembert se retrouveront malgré eux avec un morceau de plâtre sans saveur.

Or, l’AOP sert justement à protéger l’origine du produit, un savoir-faire, et à reconnaître sa qualité et son authenticité. Le produit est considéré comme la référence dans son domaine. En plus du camembert, c’est donc aussi la réputation du label qui est en jeu. Que vaudraient demain les étoiles Michelin si McDonald’s en gagnait une ?

Notre camembert, comme la Tour Eiffel ou le vin, est plus que jamais l’un des symboles de notre pays. Avec ce nivellement par le bas, c’est l’image et la réputation de la Normandie et de la France dont il est question. Nous ne pouvons accepter que notre identité culinaire enviée dans le monde soit mise à sac pour répondre servilement aux exigences des grands industriels.