Après avoir longtemps hésité, en 1995, entre Édouard Balladur dont il était ministre et Jacques Chirac, Alain Juppé s’est finalement décidé pour ce dernier, qui en fit son premier ministre. Cette nomination inquiéta tous les gaullistes fidèles à la mémoire et à l’œuvre du général de Gaulle. Autant qu’Édouard Balladur, Alain Juppé fut le grand artisan du tournant libéral, européiste et mondialiste qui signa l’abandon par le RPR du gaullisme historique, national, social et populaire incarné par Marie-France Garraud, Charles Pasqua ou Philippe Seguin. Acharné a faire entrer la France dans les carcans de l’Europe supra-nationale, et l’alignement atlantiste, ce technocrate sans âme mit toute sa science à adapter l’Etat à la gouvernance bruxelloise, lui sacrifiant des pans entiers de la politique industrielle, de l’industrie française (cf. Thomson), ainsi que la politique sociale de la V° République.

En 1997, son ignorance des aspirations de notre peuple et corrélativement son impopularité se soldèrent par la déroute électorale suivant une dissolution qu’il avait inspirée, permettant l’avènement d’un Lionel Jospin qui passa alors la main à la tête du PS à un certain François Hollande. Au fond, Alain Juppé, ancien électeur de gauche, est l’archétype de la connivence UMP–PS.

Le principal adversaire d’Alain Juppé fut longtemps Philippe Séguin lequel ne rejoignit jamais l’UMP, pas plus que ne le firent les gaullistes historiques devenus dès lors des orphelins. Aujourd’hui, tandis que l’UMP fait eau de toutes parts et que, tel celui du Concordia, le capitaine ne songe plus qu’à quitter le navire, nul ne s’étonne que ce vieux cheval de retour, déjà ministre du budget il y a 26 ans, vienne au secours de celui qui fut aussi ministre du budget il y a 19 ans : ces deux compères exténués incarnent semblablement l’abandon de l’Etat et de la nation, comme ils incarnent l’absence de scrupule éthique qui valut à l’un une condamnation judiciaire et à l’autre la condamnation politique et morale de la grande majorité de notre peuple. Roue de secours de dernière minute, Alain Juppé ne sera même pas une bouée de sauvetage d’une UMP qui déjà paie cher l’abandon du gaullisme authentique.

S’il s’agit de redresser les points cardinaux de la politique française, autorité de l’Etat, indépendance de la nation et souveraineté du peuple, seule Marine Le Pen est capable d’en retrouver l’inspiration, qui est celle de la Vè République elle-même.