Communiqué de presse de Jean Messiha, Délégué National aux Etudes et Argumentaires

L’INSEE a publié ce matin des chiffres encourageants sur le chômage avec un taux qui tombe à 8,1% de la population active en France entière (hors Mayotte), contre 8,5% trois mois plus tôt. Il s’agit effectivement du plus bas taux de chômage atteint depuis la fin 2008 et de la plus forte contraction trimestrielle notée depuis deux ans. Pour Murielle Pénicaud c’est l’occasion d’affirmer que l’objectif de 7% est atteignable pour la fin du quinquennat. Même si le reflux du chômage est indéniable, son ampleur et, partant, l’objectif que se fixe le gouvernement sont pour le moins sujets à caution. En effet, selon l’INSEE, la France compterait 2,424 millions de chômeurs. Comment dès lors expliquer que 3,308 millions de personnes sont inscrites à Pôle Emploi en catégorie A sans emploi ?

En tant que citoyens on ne peut que se réjouir qu’il y ait un peu moins de Français au chômage.

Les explications de ces chiffres sont triples.
1. Tout d’abord, Emmanuel Macron bénéficie d’une petite amélioration de la situation des entreprises. Celle-ci découle essentiellement des mesures prises durant le précédent quinquennat et inspirées par le rapport Gallois de fin 2012. Il s’agit en l’occurrence du Pacte de Responsabilité qui a réduit les prélèvements sociaux sur les entreprises de 20 milliards d’euros, auxquels s’ajoutent 20 milliards supplémentaires de CICE. 40 milliards d’euros au total qui ont amélioré la rentabilité des entreprises et bénéficié, en bout de chaîne, aux embauches.

2. Ensuite, 2019 a été une année exceptionnelle pour nos entreprises puisqu’elles ont profité « en même temps » de la décision du gouvernement de convertir ce fameux CICE en nouvelle baisse de charges, mais également du paiement de ce crédit d’impôt au titre de l’année 2018. Elles ont en quelque sorte perçu deux fois 20 milliards pour l’année qui vient de se terminer. Un effet « Red Bull » sur leur trésorerie et sans doute une source d’optimisme qui a favorisé les recrutements en 2019.

Le problème est que cet effet exceptionnel n’est évidemment pas reconductible en 2020 ni les années suivantes. En conséquence de quoi, il n’est pas du tout certain que cet emballement se poursuive d’autant que la croissance prévue est faible.

3. Il y a enfin un troisième facteur résidant dans le maintien artificiel du niveau de l’activité économique par la politique économique du gouvernement. En 2017, le candidat Macron avait promis de réduire les déficits en baissant la dépense publique et en réduisant le nombre de fonctionnaires de 120.000 d’ici la fin du quinquennat. Il n’en fait rien, au contraire. La dépense publique ne baisse pas, le nombre de fonctionnaires non plus et, après la crise des Gilets Jaunes, il a sorti un canadair budgétaire de 17 milliards d’euros de pouvoir d’achat pour éteindre la crise avec un mélange de mesures annulées et de distribution d’argent public supplémentaire. C’est une recette assez simple : injecter de l’argent dans l’économie c’est bon pour l’emploi, mais le problème est que cela se fait au prix d’un déficit géant de près de 100 milliards d’euros en 2019 et qui va rester à ce niveau en 2020. Sans parler du niveau de la dette publique qui atteint le niveau historique de 100% du PIB. Mais l’accroissement permanent de l’endettement n’est pas le seul moteur de cette croissance et de ces emplois à crédit. Chiffre moins connu, mais passablement alarmant, le ratio de la dette privée (ménages et entreprises) a bondi de 127% du PIB au 2e trimestre 2017 à 134% deux ans plus tard (source : Banque de France). 7 points d’augmentation en 2 ans !
C’est intenable.

Certes la dette ne coûte pas cher à l’heure actuelle. Mais ici encore ce n’est pas grâce à Emmanuel Macron. C’est le résultat de la politique monétaire de la BCE qui ne pourra pas durer éternellement pour une raison simple. Les épargnants allemands ne la supportent plus, car les taux à 0 voire négatifs leur font perdre de l’argent. Et cela commence à être également le cas pour les Français.

En résumé, si l’on peut que se réjouir qu’un peu moins de Français se trouvent sans emploi, nous ne pouvons nous satisfaire d’une politique qui achète un peu de croissance et une petite baisse du chômage à coups de 100 milliards de déficit public annuel et d’une dette publique et privée qui gonfle inexorablement. Les USA qui disposent de la monnaie mondiale peuvent se permettre ce genre de stratégie. C’est loin d’être notre cas.